New Delhi, Inde – Le badminton français a vécu une journée d’anthologie ce dimanche 23 août. Quelques heures après le sacre mondial de Thom Gicquel et Delphine Delrue en double mixte, Alex Lanier a décroché le tout premier titre de champion du monde en simple masculin de l’histoire du sport tricolore. À 21 ans seulement, le Français a livré une finale de patron face au Japonais Kodai Naraoka, balayé en deux sets expéditifs (21-11, 21-11).
Jamais un Français n’avait même atteint les quarts de finale du simple hommes depuis la création des championnats du monde en 1977. Lanier n’a pas seulement brisé ce plafond de verre : il l’a pulvérisé avec une autorité qui le place d’emblée parmi les étoiles montantes du circuit mondial.
Une démonstration de force en finale
Sur le court de New Delhi, Alex Lanier n’a laissé aucune place au suspense. Face au 11e joueur mondial, le dixième au classement BWF a imposé un rythme infernal, agressant son adversaire avec des smashes puissants et des déplacements d’une fluidité remarquable. Kodai Naraoka, souvent contraint de plier le genou pour tenter des défenses désespérées, n’a jamais trouvé la clé pour contrer la palette technique du Français.
Le score final, 21-11, 21-11, témoigne d’une domination sans partage. « Je voulais me faire plaisir sur le terrain, montrer toute ma palette », a confié Lanier après la rencontre. « Être champion du monde, c’est dur à réaliser. »
Cette victoire éclatante conclut un parcours exceptionnel. En demi-finale, le prodige français avait déjà créé la sensation en éliminant le numéro 2 mondial, le Thaïlandais Kunlavut Vitidsarn. Un exploit qui annonçait la couleur : Lanier n’était pas venu en Inde pour faire de la figuration.
Porté par l’élan du double mixte
Le sacre de Lanier s’inscrit dans une matinée historique pour le badminton hexagonal. Un peu plus tôt, Thom Gicquel et Delphine Delrue étaient devenus les premiers Français champions du monde de la discipline en remportant le double mixte. Une performance qui a galvanisé le jeune homme.
« Quand j’ai vu Thom et Delphine gagner, j’étais fier d’eux. Dans un coin de ma tête, je savais que je n’allais donc pas être le premier Français champion du monde », a-t-il raconté avec un sourire. « Mais Kestu [Kestutis Navickas, son coach] m’a dit : “Autant doubler l’histoire”. En gagnant, ils m’ont donné beaucoup d’énergie. »
Cette dynamique collective illustre la progression spectaculaire du badminton français ces dernières années. Champion d’Europe en 2025 et double champion de France en titre, Lanier incarne une génération dorée qui bouscule la hiérarchie mondiale, aux côtés des frères Christo et Toma Junior Popov.
Une ascension fulgurante vers les sommets
Le parcours d’Alex Lanier force le respect. À 21 ans, il possède déjà un palmarès que beaucoup de joueurs mettraient une carrière entière à construire. Sa victoire à New Delhi n’est pas un coup d’éclat isolé : elle confirme une régularité au plus haut niveau, forgée par un travail acharné et une maturité tactique rare pour son âge.
Avant ce titre mondial, la France n’avait plus décroché de médaille mondiale en simple depuis le bronze de Hongyan Pi chez les dames en 2009. En simple hommes, le désert était total. Lanier écrit donc une page vierge du sport français, avec la manière.
Son jeu, alliant puissance brute et finesse technique, a fait merveille tout au long du tournoi. Capable de varier les trajectoires, de casser le rythme et d’accélérer au moment opportun, il a démontré une lecture du jeu digne des plus grands. « En début de tournoi, je n’étais pas focus pour gagner quoi que ce soit », a-t-il pourtant admis. « On a essayé de démontrer toute ma palette. »
Un nouveau chapitre pour le badminton français
Ce double sacre mondial, en simple et en double mixte, marque un tournant. Longtemps considéré comme un sport confidentiel en France, le badminton s’affirme désormais comme une discipline majeure, portée par des athlètes de classe mondiale. Les performances de Lanier, Gicquel, Delrue et des frères Popov attirent l’attention des médias et du public, et devraient inspirer une nouvelle génération de pratiquants.
À quelques années des prochaines échéances olympiques, le badminton français peut rêver en grand. Avec un champion du monde de 21 ans à la tête de file, l’avenir s’annonce radieux. Alex Lanier, lui, savoure l’instant présent, conscient que le plus dur reste à venir : confirmer au sommet.
En attendant, la France du sport tient un nouveau héros. Un héros discret, travailleur, qui a su transformer la pression en énergie. Et qui, ce dimanche à New Delhi, a prouvé que les rêves les plus fous peuvent devenir réalité.


Laisser un commentaire