Affaire Grégory : la justice déclare prescrits les faits reprochés à la grand-tante, un nouveau coup de théâtre

Grégory case: charges dropped against great-aunt

Plus de quarante ans après la mort du petit Grégory Villemin, l’affaire qui hante la France connaît un nouveau rebondissement judiciaire. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon a déclaré, ce mercredi 15 juillet, prescrits les faits reprochés à Jacqueline Jacob, la grand-tante de l’enfant. Cette octogénaire était soupçonnée d’être l’un des mystérieux « corbeaux » ayant harcelé les parents du garçonnet, retrouvé noyé et ligoté dans la Vologne en 1984.

Cette décision, annoncée à l’AFP par son avocat, Me Frédéric Berna, porte un coup sévère à une procédure relancée récemment. Jacqueline Jacob avait été mise en examen le 24 octobre pour « association de malfaiteurs », une qualification criminelle qui, en principe, n’est pas soumise à la même prescription que les délits. Mais la cour en a jugé autrement. « Les faits reprochés à Jacqueline Jacob sont prescrits car ce sont des délits », a expliqué Me Berna à l’issue d’une audience tenue à huis clos. La mise en examen de sa cliente « tombe de facto par la constatation de la prescription », a-t-il ajouté, dénonçant avec force « une erreur d’appréciation énorme » de la part des magistrats instructeurs.

« Une erreur d’appréciation énorme » dénoncée par la défense

Pour l’avocat de Jacqueline Jacob, cette décision illustre les errances d’un dossier hors norme. « On aura tout vu dans ce dossier sur le plan des aberrations procédurales », a-t-il déclaré, visiblement excédé. Il maintient que sa cliente est totalement étrangère aux faits. « Concrètement, il n’y a aucun élément sur le fond qui permette de considérer que Jacqueline Jacob a participé de près ou de loin à cette affaire », a-t-il martelé.

Cette prescription concerne spécifiquement les lettres anonymes. Jacqueline Jacob était soupçonnée, sur la base d’une expertise en stylométrie, d’avoir rédigé la lettre de revendication de l’assassinat, ce message glaçant adressé aux parents de Grégory et signé de la main du corbeau : « Voilà ma vengeance. Pauvre con. » L’enquête sur ce volet de harcèlement est donc désormais close pour elle, un camouflet pour l’accusation qui pensait tenir une piste solide.

Le couple formé par Jacqueline et Marcel Jacob, frère de la grand-mère de Grégory, est au cœur d’une rivalité familiale que les enquêteurs explorent depuis le premier jour. Les deux clans, les Villemin et les Jacob, se déchirent autour d’une haine farouche dont les racines restent encore aujourd’hui partiellement obscures. Malgré leurs dénégations constantes, le couple avait déjà été mis en examen en 2017 pour l’enlèvement la séquestration suivis de mort, avant que la procédure ne soit annulée pour un vice de forme. Cette nouvelle décision de prescription ajoute une couche supplémentaire à un imbroglio judiciaire qui semble sans fin.

Les parents de Grégory « sereins » et tournés vers l’avenir

Face à ce qui pourrait apparaître comme un revers pour la famille Villemin, l’avocat des parents de Grégory, Me François Saint-Pierre, a tenu un discours étonnamment apaisé. « Christine et Jean-Marie Villemin demeurent sereins », a-t-il confié. Leur regard est désormais tourné vers l’avenir et, surtout, vers la science.

« Nous attendons maintenant les résultats des expertises en cours, d’ADN et de stylométrie. Nous saurons alors qui elles incriminent », a déclaré Me Saint-Pierre. L’espoir des Villemin repose sur ces analyses modernes, capables de faire parler des scellés vieux de quatre décennies. L’avocat a esquissé la suite possible de la procédure : « La cour d’appel décidera en conséquence de la remise en examen ou non des Jacob, cette fois-ci pour crime d’enlèvement d’assassinat du petit Grégory. » Car si les lettres sont prescrites, le crime principal – l’enlèvement et l’assassinat d’un enfant de quatre ans – ne l’est pas. La justice pourrait donc se concentrer sur l’essentiel.

L’ombre du « corbeau » et le mystère intact

L’affaire du petit Grégory reste l’un des plus grands mystères criminels français. Le 16 octobre 1984, le corps sans vie de l’enfant est découvert dans la Vologne, les pieds et les mains liés. Très vite, l’enquête s’enlise dans les méandres d’une vendetta familiale. Les lettres du corbeau, qui ont commencé avant même le drame pour harceler le père de Grégory, Jean-Marie Villemin, puis pour revendiquer le meurtre, sont devenues le symbole de cette affaire où la haine semble avoir dicté l’innommable.

L’expertise en stylométrie, une technique d’analyse linguistique qui compare le style d’écriture, avait relancé les soupçons sur Jacqueline Jacob. Mais comme souvent dans ce dossier, une avancée technique se heurte à un mur procédural. La prescription des faits de lettres anonymes, confirmée par la cour d’appel, referme une porte que l’on croyait pourtant pouvoir encore ouvrir.

Ce nouvel épisode intervient alors qu’une autre figure du dossier, le tueur en série Francis Heaulme, pourrait être rejugée pour le meurtre de Grégory, 35 ans après les faits. Acquitté en 2018 pour le meurtre de l’enfant après un troisième procès, sa culpabilité reste un point d’interrogation majeur. L’imbrication des pistes, entre la piste familiale et celle du rôdeur, continue de diviser les enquêteurs et les magistrats.

L’affaire Grégory est un labyrinthe judiciaire où chaque décision semble en contredire une précédente, où chaque rebondissement ranime la douleur des proches sans jamais apporter de réponse définitive. La prescription des faits reprochés à Jacqueline Jacob est un chapitre qui se ferme, mais le livre du petit Grégory est loin d’être achevé. Les yeux sont désormais rivés sur les laboratoires d’analyses génétiques, ultimes espoirs de déchiffrer l’énigme de la Vologne.

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