10 ans après l’attentat de Nice : entre larmes, politique et un vibrant appel à ne pas oublier

Nice Honors 2016 Attack Victims 10 Years On

Nice s’est recueillie. Dix ans, jour pour jour, après le carnage qui a ensanglanté la Promenade des Anglais, la ville a rendu un hommage solennel ce mardi aux 86 personnes tuées et aux plus de 400 blessés soir du 14 juillet 2016. Ce soir-là, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, unien de 31 ans, avait lancé un camion de 19 tonnes sur près de deux kilomètres dans la foule dense qui venait d’admirer le feu d’artifice, semant la mort avant d’être abattu par la police.

La journée commémorative, placée sous le signe du souvenir, a pourtant été marquée en matinée par une controverse politique. Sur la place Masséna, théâtre habituel des parades du carnaval, un défilé républicain a été organisé. Invitée par son allié Éric Ciotti, maire UDR de Nice, Marine Le Pen y a été chaleureusement applaudie. Une présence qui a suscité de vives critiques de la gauche niçoise, mais aussi un éditorial cinglant du quotidien Nice-Matin : « la mémoire et le deuil appellent le silence et le respect, pas une opération de ourdie comme un jalon vers l’Élysée. »

L’unité retrouvée lors de la cérémonie mémorielle

En fin d’après-midi, l’heure n’était plus à la division mais au recueillement collectif. Sur cette même place Masséna, une cérémonie mémorielle a rassemblé les plus hautes autorités de l’État : le président Emmanuel Macron, ses prédécesseurs François Hollande et Nicolas Sarkozy, plusieurs ministres et anciens ministres, ainsi que des représentants de différents partis politiques et le prince Albert II de Monaco.

moment le plus poignant du rituel a eu lieu dès l’ouverture. Un montage vidéo de témoignages glaçants de personnes présentes le soir du drame a été diffusé. Puis, dans un silence lourd d’émotion, 43 enfants et 43 des premiers secouristes et membres des forces de l’ordre ont avancé pour déposer un rameau d’olivier sur 86 chaises bleues, emblématiques de la Promenade des Anglais, chacune gravée du nom d’une victime. Le ciel de Nice a ensuite été déchiré par le passage de la Patrouille de France, avant que les représentants des associations de vict ne prennent la parole.

Stéphane Erbs, de l’association Promenade des anges, a conclu les discours par un message fort, presque un cri du cœur, lancé à la nation entière : « ne nous abandonnez pas. »

Le discours d’Emmanuel Macron : « Pour toujours dans notre mémoire »

Le président de la République a ensuite prononcé un discours vibrant, mêlant la solennité du devoir de mémoire à la fermeté de la lutte contre le terrorisme. Il a rendu hommage aux victimes, entrées « pour toujours dans notre mémoire collective », et à ceux qui les ont aidées en « puisant au plus profond d’eux-mêmes les ressources qu’ils savaient justes et fortes, celle de la République. »

Le chef de l’État a tenu à rappeler la diversité des personnes fauchées ce soir-là, unies par le hasard tragique d’une fête nationale. « Nous n’avons oubé ni ceux qui vivaient ici, sous cette lumière, ni ceux qui étaient venus pour quelques jours, quelques heures, parfois pour la première fois. Ils étaient de tant de nations différentes, Français, touristes, visiteurs, amis la France, parce qu’ils partageaient ce soir-là notre fête et notre liberté. Ils sont entrés pour toujours dans notre nationale », a-t-il déclaré.

Emmanuel Macron a également cherché à insuffler un message d’espoir et de résilience face à l’absurde. « Rien donnera jamais un sens au 14 juillet 2016. Mais nous pouvons ensemble donner un sens à tous les 15 juillet ont suivi, par la mémoire, la justice, fraternité et l’action. Et d’abord, par la reconnaissance », a-t-il ajouté.

Résister à « l’idéologie islamiste »

Dans une séquence plus politique, le président a rappelé les autres attaques ayant frappé Nice depuis plus d’une décennie, y voyant « à chaque fois la même idéologie islamiste et le même projet : tuer, terroriser, dresser les Français les uns contre les autres, transformer le deuil en haine. »

Mais il a aussitôt salué la réponse de la ville, un modèle de résistance civique selon lui. « Et à chaque fois, Nice a répondu autrement Nice a pleuré sans renoncer à vivre. Nice a protégé ses chrétiens, ses juifs, ses musulmans, tous ses enfants sans distinction », a-t-il martelé, avant que les premières notes de La Marseillaise ne retentissent pour clôturer la cérémonie officielle.

La journée de commémoration ne devait pas s’arrêter là. La Promenade des Anglais, lieu de la tragédie, s’apprêtait à vivre une soirée de mémoire spectaculaire. Un show de 2 016 drones était prévu à 22h pour évoquer la dignité et l’unité retrouvées. Puis, à 22h34 précises, heure à laquelle le camion de la mort avait été stoppé, 86 faisceaux bleus devaient s’élancer vers le ciel, comme autant d’âmes veillant sur la baie des Anges.

Dix ans après, la plaie reste vive, mais Nice a montré que le fil ténu de la mémoire, parfois brouillé par les polémiques, résiste au temps et à l’oubli. L’appel de Stéphane Erbs, « ne nous abandonnez pas », résonne comme un impératif national qui dépasse le seul cadre de cette journée anniversaire.

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