Pour le président brésilien de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, ce sera sa dernière campagne. Pour son rival de droite Flavio Bolsonaro, la première. Tous deux se lancent officiellement dans la course présidentielle dimanche, entre impression de déjà-vu et polarisation intense. La campagne en vue du scrutin du 4 octobre s’ouvre aussi sous l’ombre du président américain Donald Trump, qui a appuyé des candidats conservateurs victorieux lors de récentes élections en Amérique latine.
Lula, 80 ans, brigue un quatrième mandat et affronte le fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Nombre d’électeurs sont blasés. « Les candidats à la présidentielle sont tous mauvais. Je ne voterai pas pour Lula, je ne voterai pas pour Bolsonaro. Je ne sais même pas ce que je vais faire ! », confie Rosalie Lourecal, 53 ans, commerçante sur un marché de Rio de Janeiro. Si une douzaine de candidats sont en lice, Lula et Flavio Bolsonaro laissent les autres prétendants loin derrière dans les sondages. Une enquête de l’institut Quaest publiée vendredi crédite le président sortant de 43 % d’intentions de vote, contre 40 % au fils Bolsonaro dans l’hypothèse d’un second tour. Alors que les deux rivaux font face à des taux de rejet dépassant les 50 %, les électeurs indépendants joueront un rôle décisif.
Lula face à Trump et à l’enjeu de la souveraineté
Dimanche, Lula lancera sa campagne par un meeting à Sao Bernardo do Campo, dans l’État de Sao Paulo. C’est là que l’ouvrier métallurgiste devenu syndicaliste était devenu une figure nationale en s’adressant à des foules immenses dans les années 1970. Le leader historique de la gauche est revenu au pouvoir en 2023, après avoir été emprisonné à la suite d’une condamnation pour corruption finalement annulée. Il a axé sa campagne sur la défense de la « souveraineté » du Brésil face aux droits de douane américains et aux pressions exercées par Donald Trump, allié de la famille Bolsonaro.
Vendredi, Lula a dit vouloir adresser ce message au locataire de la Maison Blanche : « Ne vous mêlez pas des affaires du Brésil, surtout en ce qui concerne les élections. Si vous vous en mêlez, vous perdrez. » Alors que la sécurité est une préoccupation majeure des électeurs, il s’est engagé à faire de la lutte contre le crime organisé une priorité. Son discours vise à mobiliser une base de gauche tout en rassurant les indécis sur sa capacité à gouverner un pays marqué par les fractures sociales et les tensions avec Washington.
Flavio Bolsonaro, l’héritier sous le t-shirt du père
Le sénateur Flavio Bolsonaro, 45 ans, a été propulsé dans la course après l’incarcération de son père pour une tentative de coup d’État contre Lula, à la suite de sa défaite lors de l’élection de 2022. Il se présente comme une version « plus modérée » de son tempétueux géniteur, tout en s’appuyant sur la popularité de ce dernier. Il a encouragé ses partisans à porter un t-shirt à l’effigie de son père lors du rassemblement de dimanche sur la plage de Copacabana, à Rio — où l’ancien président attirait souvent ses partisans en masse.
Flavio Bolsonaro affirme vouloir « sauver le Brésil », promettant de lutter fermement contre la criminalité et d’assainir des comptes publics dégradés. « Je vais voter pour le fils de Bolsonaro », expose William Ramos, 40 ans, propriétaire d’une entreprise de transport scolaire, qui dit travailler sept jours sur sept et 12 heures par jour pour s’offrir « une vie meilleure ». Le chômage est à un niveau historiquement bas et l’inflation est maîtrisée. Cependant, de nombreux Brésiliens se plaignent de ne pas sentir d’amélioration de leur pouvoir d’achat. « Une personne gagnant le salaire minimum n’a pas les moyens de bien manger ou d’avoir une qualité de vie décente », estime M. Ramos.
Le vote des femmes, clé d’un scrutin indécis
Une autre clé du vote est entre les mains des femmes. Représentant 53 % des 158 millions d’électeurs inscrits, elles penchent majoritairement pour Lula et ont contribué à sa courte victoire en 2022. Leur mobilisation pourrait faire basculer un scrutin qui s’annonce extrêmement serré. Les stratégies des deux camps en témoignent : Lula met en avant la protection sociale et la stabilité, tandis que Flavio Bolsonaro tente de séduire les électrices déçues par l’insécurité et la cherté de la vie, tout en conservant l’électorat masculin conservateur.
Dans un Brésil où la mémoire des années Bolsonaro reste vive et où la polarisation atteint des sommets, la campagne qui s’ouvre promet d’être brutale. Entre un président sortant qui joue sa dernière carte politique et un héritier qui veut venger son père, le duel Lula-Flavio Bolsonaro cristallise toutes les tensions d’une démocratie sous pression. Le premier tour, le 4 octobre, dira si les électeurs choisissent la continuité, le changement ou l’abstention.
En résumé, le Brésil entre dans une campagne présidentielle sous haute tension, avec un face-à-face Lula-Flavio Bolsonaro qui reflète la profonde division du pays. Les sondages serrés, l’influence de Donald Trump et le vote des femmes seront déterminants pour l’issue d’un scrutin où rien n’est joué.


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