Présidentielle 2027 : Mélenchon et les insoumis en opération séduction des écologistes à leurs universités d’été

Melenchon Courts Greens at Summer University

À Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme, La France insoumise a clôturé ses universités d’été ce dimanche 23 août. Objectif affiché : convaincre les écologistes de rejoindre la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle de 2027.

« Nous pouvons gagner cette élection ! » Louis Boyard, député du Val-de-Marne, martèle sa conviction au quatrième et dernier jour des Amfis, les universités d’été de La France insoumise. En tête à gauche dans les sondages, à huit mois de l’échéance présidentielle, Jean-Luc Mélenchon doit pourtant élargir sa base. Sa cible prioritaire : les électeurs et cadres écologistes, dont plusieurs députés ont fait le déplacement dans ce cadre champêtre au bord d’un étang.

Une offensive verte assumée

L’été 2026, marqué par des vagues de chaleur successives, des mégafeux et des alertes sécheresse, offre un terrain de convergence naturel. « Il faut créer l’État écologique », lance Jean-Luc Mélenchon dimanche midi devant quelques milliers de militants. À la tribune, le fondateur de LFI déroule longuement ses propositions sur la pollution, le réchauffement climatique et les écorégions, sa réforme territoriale censée faciliter la planification écologique. Il dévoile même une nouvelle mesure : la « conscription écologique », destinée à lutter notamment contre les incendies.

Autant de sujets pensés pour séduire l’électorat vert et permettre à LFI d’« incarner la candidature écolo », résume Manuel Bompard, coordinateur du mouvement. Les conférences et tables rondes ont mis en avant des thèmes chers au parti de Marine Tondelier, qui tenait ses propres universités d’été à une centaine de kilomètres de là, près de Grenoble. Signe que des ponts existent, la cheffe de file des députés écologistes, Cyrielle Chatelain, est venue. « On vote ensemble à l’Assemblée nationale 82 % du temps », a souligné Mathilde Panot, présidente du groupe LFI, dans un amphithéâtre rempli.

Cyrielle Chatelain a toutefois posé les termes du débat : « Il y a plusieurs possibilités : une candidature écologiste à la présidentielle ou rejoindre une dynamique plus large. » Elle s’est ensuite entretenue en privé avec Jean-Luc Mélenchon.

Des écologistes déjà convaincus, d’autres méfiants

Certains ont déjà tranché. La députée Sandrine Rousseau a déclaré samedi sur franceinfo : « La candidature de Marine Tondelier ne décolle pas dans les sondages, et on ne peut pas rajouter des candidatures à gauche. » Mais des divergences persistent, notamment sur l’Europe : les Verts défendent une UE fédérale quand les insoumis critiquent les traités européens et la règle des 3 % de déficit public fixée par Bruxelles.

D’autres sont refroidis par les propos du tribun. Le sénateur et ex-candidat à la présidentielle Yannick Jadot a pointé vendredi à Grenoble ses « complaisances avec l’antisémitisme ou avec le régime chinois ». Une partie des écologistes est tentée de soutenir les socialistes et Raphaël Glucksmann, dont l’annonce de candidature était attendue dimanche soir. Face aux divisions, Marine Tondelier continue d’appeler à l’union : « Le sujet, ce n’est pas qui va se mettre derrière qui », a-t-elle affirmé sur LCI.

L’impatience des insoumis

Dans les rangs de LFI, on trouve le tempo un peu lent. « Nous sommes impatients », a lancé Mathilde Panot à Cyrielle Chatelain. Un cadre insoumis juge le bilan des échanges « plutôt positif » et espère qu’« à un moment ou un autre, ils vont venir nous aider ». Les écologistes pourraient organiser un vote de leurs adhérents pour trancher ce dilemme. Jean-Luc Mélenchon, fidèle à son animal totem, la tortue, assure ne pas vouloir se précipiter : « C’est ma technique, je fais pareil avec les écolos : “si vous trouvez que c’est intéressant ce qu’on raconte, décidez !” »

En coulisses, la pression est pourtant réelle. « Si certains veulent rejoindre la campagne de Jean-Luc Mélenchon, on est prêts à ouvrir les discussions en matière de gouvernement, d’accord aux législatives, et même de points de programme, mais le préambule c’est le soutien à la candidature insoumise », prévient la direction. Éric Coquerel, président LFI de la commission des finances, voit dans ces Amfis un moment décisif : « Quand les écolos viennent ici, ils voient cette mobilisation, et ça compte. » Le mouvement revendique plus de 10 000 participants au meeting de clôture, avec la présence de la comédienne Anna Mouglalis et du romancier Pierre Lemaitre.

La crainte d’un scénario 2022

Les mélenchonistes redoutent de revivre l’échec du premier tour de 2022, où il leur avait manqué 420 000 voix pour se qualifier face à Marine Le Pen, tandis que Yannick Jadot récoltait 1,6 million de suffrages et Fabien Roussel 800 000. Or, les communistes ont opté pour une candidature autonome en 2027, et les socialistes maintiennent leur primaire, avec Raphaël Glucksmann en favori. L’eurodéputé Place publique pourrait capter une partie du vote de gauche anti-Mélenchon.

Interrogé sur franceinfo, le leader insoumis a lancé aux socialistes : « Par pitié, faites ce que vous voulez, mais faites quelque chose, car six mois avant, vous ne savez toujours pas ce que vous allez faire, ni quelle est votre ligne, ni quel est votre candidat. » Lors de son discours de 45 minutes, Jean-Luc Mélenchon n’a décoché aucune flèche contre son ancienne famille politique, réservant ses coups à Emmanuel Macron et Marine Le Pen, avec qui « la collusion est complète ».

Un électorat vert à convaincre sur le terrain

Galvanisés par ces journées, les militants insoumis veulent croire à un ralliement des électeurs écologistes. « La dynamique écologique est ici, j’espère que les militants écologistes le comprendront », a affirmé l’activiste Marie Chureau, invitée à s’exprimer avant Jean-Luc Mélenchon. Christophe Bedrossian, membre des Verts populaires, collectif d’anciens adhérents écologistes passés à LFI, regrette que « plus on tergiverse, plus on attend, et moins on a de place pour parler du programme ».

Laure Tachoires, une « purgée » par LFI comme elle se présente, résume le pragmatisme ambiant : « Pour être élu président, il faut être un peu connu. Qu’on l’aime ou pas, la dynamique est du côté de Jean-Luc Mélenchon, c’est la seule option pour gagner en 2027. » Sarah, 28 ans, venue d’Avignon avec son amie Zara, toutes deux en maillot « Mélenchon 27 », salue un « discours rassembleur ». En quittant le parc, elles espèrent que les écologistes et toute la gauche rejoindront la campagne : « Il ne faut pas que les voix s’éparpillent, il faut mettre l’ego de côté. »

À huit mois de la présidentielle, la bataille pour l’unité de la gauche reste incertaine. Mais une chose est claire : Jean-Luc Mélenchon a fait des écologistes une priorité absolue, comptant sur la dynamique de ses troupes et l’urgence climatique pour transformer l’essai.

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