Du 25 septembre au 10 octobre, L’Estival revient pour sa 39ᵉ édition avec une programmation éclectique et un ancrage territorial renforcé. Entre têtes d’affiche et talents émergents, le festival entend prouver qu’une autre manière de vivre la musique est possible.
Un festival à taille humaine, désormais ancré à Achères
Poissy, Achères, Conflans, Andrésy, Chanteloup-les-Vignes, Carrières-sous-Poissy… Pendant plus de deux semaines, L’Estival va faire vibrer les bords de Seine, de Poissy au sud à Conflans-Sainte-Honorine au nord. Né de l’initiative d’une bande d’amis qui organisaient des concerts sur une péniche à Conflans, le festival a su évoluer tout en conservant son esprit convivial.
« L’Estival commence à avoir un ancrage territorial logique, compréhensible par tous. Cette 39ᵉ édition est celle de l’unité de lieu où l’on retrouve un cœur de festival », souligne Philippe Ravier, chargé de la régie générale et de la programmation. Le quartier général est désormais fixé à Achères, offrant aux festivaliers un point de ralliement clair et accessible.
Une programmation qui célèbre la diversité sous toutes ses formes
Avec pas moins de 28 artistes au programme, L’Estival affiche une volonté farouche de défendre la diversité des musiques de l’espace francophone. « Nous avons été perçus comme un festival de variété française un temps, mais nous avons dépassé ce cadre-là », précise Philippe Ravier. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la programmation lui donne raison.
La diversité s’exprime d’abord par le genre : 14 femmes, 11 hommes et 3 formations mixtes se partageront l’affiche. Elle se retrouve aussi dans les styles musicaux, du jazz à la chanson en passant par la pop, le rock, le rap, l’électro, la soul, le gospel ou encore le folk. Quant aux origines géographiques, elles dessinent une véritable carte du monde : Auvergne, Occitanie, Normandie, Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine, Belgique, Madagascar, Réunion, Guadeloupe, Algérie, Liban, Congo, Sénégal, Cameroun, Québec, Nouvelle-Écosse, Brésil…
« Au sein de cette diversité géographique, l’idée est de garder une coloration locale, c’est-à-dire les Yvelines et l’Île-de-France », insiste Philippe Ravier. Ainsi, six artistes sont issus du département et six autres du reste de la région. Un équilibre savamment orchestré entre ouverture sur le monde et enracinement local.
Des têtes d’affiche aux pépites à découvrir
Julien Clerc, Les Wampas, Yannick Noah, Selah Sue and The Gallands : les locomotives sont là pour attirer le public. Mais l’âme du festival réside ailleurs, dans la découverte de talents qui mériteraient une plus grande notoriété. « Au-delà des têtes d’affiche, ce qui nous motive à œuvrer en tant que bénévoles, c’est de faire découvrir des artistes », confie Philippe Ravier.
Parmi eux, Juste Shani, une rappeuse en pleine ascension, ou encore Gildaa, une artiste franco-brésilienne à l’univers très original. Malo Texier, originaire de Conflans-Sainte-Honorine, incarne cette relève locale. En solo guitare-basse-voix, elle livre des influences riches reflétant son métissage culturel. Govrache, qui écume les scènes régionales depuis plus de quinze ans sans avoir percé au niveau national, possède « une écriture très ciselée, de la trempe de Grand Corps Malade ».
Le festival propose également des formats pensés pour la découverte. Les Vitrines Découvertes, gratuites, présentent cinq artistes en formats courts de vingt minutes. « C’est une première porte d’entrée pour faire connaître les talents », explique Philippe Ravier. Viennent ensuite les premières parties, qui permettent aux artistes en développement de toucher un public plus large. Une stratégie qui a déjà fait ses preuves : Zaho de Sagazan, Bénabar, Camille ou La Grande Sophie ont tous été programmés par L’Estival avant d’exploser. « Nous sommes plutôt fiers de les avoir programmés dans une période où ils n’étaient pas encore connus », sourit Philippe Ravier.
Un engagement concret pour le développement durable
L’Estival ne se contente pas de faire danser : le festival s’engage aussi pour le territoire et le lien social. Chaque année, une association locale est mise à l’honneur et reçoit la moitié des recettes du bar et du merchandising. Pour cette édition, c’est le Low Tech Lab Paris qui a été choisi. L’association œuvre à partager des solutions « low tech », c’est-à-dire des technologies utiles, durables et accessibles à tous.
« Le soutien financier est un cas particulier cette année : nous avons avancé une partie des fonds pour qu’ils puissent terminer la mise au point d’un prototype de pédalier-générateur. Je trouve le concept génial », se réjouit Philippe Ravier. Le lien avec le festival s’est noué via le groupe Marius & The Needs, basé à Montreuil. Épaulés par deux ingénieurs spécialisés dans la low tech, ils sillonnent la France pour donner des concerts en autonomie énergétique maximale.
Leur équipe se déplace uniquement à vélo, et ces mêmes vélos servent ensuite à alimenter en électricité la scène, les projecteurs et même les ustensiles de cuisine. Le public est invité à pédaler pour contribuer à l’énergie du concert. Des ateliers de fabrication, de création de chansons et de préparation de repas low tech sont également proposés. « Pour nous, c’est dans l’ordre des choses. Il faut vraiment continuer à penser les spectacles vivants comme les autres secteurs en étant davantage éco-responsable », insiste Philippe Ravier, qui rappelle que plusieurs festivals ont dû annuler face à la canicule. « Il n’est plus possible de faire l’autruche. »
Le bénévolat, pilier d’un festival pas comme les autres
L’Estival repose sur l’engagement de près de 150 bénévoles, dont certains sont présents depuis la première heure. « Nous n’avons aucun salarié à l’année pour organiser le festival. Moi-même, je continue à venir chaque édition alors que j’habite aujourd’hui dans les Cévennes », témoigne Philippe Ravier. Ce qui le fait revenir, au-delà du soutien aux talents émergents, ce sont « les liens que nous développons avec toutes les parties prenantes. Il y a une utilité sociale au festival, au plaisir de se retrouver chaque année à la même époque ».
Face à la baisse des financements publics, les partenariats de proximité sont les bienvenus. L’Estival privilégie les entreprises locales, que ce soit pour le bar, la restauration, l’hébergement ou la logistique. À l’avenir, Philippe Ravier aimerait convaincre davantage d’habitants du territoire de franchir le pas. « En grande couronne, le public a pour réflexe d’aller au spectacle sur Paris, alors qu’il y a une grande quantité de salles près de chez lui. Pourquoi ne pas aller voir un même spectacle près de chez soi, alors que c’est moins cher, moins long et que cela permet de finir moins tard ? »
L’Estival 2026 s’annonce donc comme une célébration de la musique, de la diversité et de l’engagement citoyen. Les inscriptions sont ouvertes sur le site du festival. L’occasion de découvrir des artistes d’exception tout en pédalant pour la planète, à deux pas de chez soi.


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