« Vous en dites quoi ? » : face à des lycéens sceptiques, Macron défend l’interdiction du portable

Macron Defends Phone Ban to Skeptical Students

Le teint hâlé par l’été, Emmanuel Macron s’est retrouvé, ce mardi 1er septembre, dans une posture inhabituelle : celle du professeur contraint de justifier sa propre règle. En déplacement au lycée Chaptal de Mende, en Lozère, le chef de l’État a dû faire preuve de pédagogie face à une trentaine d’élèves de seconde, visiblement peu convaincus par la nouvelle interdiction du téléphone portable au lycée.

« Vous en dites quoi ? Vous comprenez cette règle ? », a lancé le président, cherchant à engager le dialogue. Mais la réponse ne s’est pas fait attendre. Une représentante du conseil de vie lycéenne a immédiatement opposé un chiffre cinglant : « On a fait un questionnaire, 95 % des élèves étaient contre. »

Une mesure contestée dès la rentrée

Cette scène, rapportée par nos confrères, illustre le décalage entre l’exécutif et une partie de la jeunesse sur la question de l’usage des écrans. La loi, entrée en vigueur à la rentrée, étend aux lycées une interdiction déjà appliquée dans les collèges depuis 2018. Mais là où la mesure avait été globalement acceptée pour les plus jeunes, elle suscite une franche hostilité chez les adolescents de 15 à 18 ans, qui y voient une infantilisation et une atteinte à leur autonomie.

Face à la représentante lycéenne, Emmanuel Macron n’a pas esquivé. « Scientifiquement, on a établi qu’à votre âge, étant donné que vous êtes là pour apprendre, le téléphone vous écarte de cet objectif », a-t-il argumenté, tentant de replacer le débat sur le terrain de la concentration et de la réussite scolaire.

Un argumentaire axé sur la science et la santé

Le président a appuyé sa démonstration sur les travaux de la commission « Écrans », installée au printemps dernier et présidée par des experts en neurosciences et en pédopsychiatrie. Selon cette commission, l’exposition prolongée aux smartphones pendant le temps scolaire nuit à la mémorisation, à l’attention et aux interactions sociales. Elle préconisait d’ailleurs d’aller plus loin, en interdisant les téléphones jusqu’à 15 ans, voire en limitant drastiquement les réseaux sociaux pour les adolescents.

Mais au-delà du discours scientifique, le chef de l’État a également tenté un argument plus pragmatique. « Vous êtes là pour apprendre », a-t-il martelé, comme pour rappeler que le lycée reste un lieu de travail avant d’être un espace de sociabilité numérique. Une posture qui n’a pas totalement convaincu l’auditoire, certains élèves hochant la tête avec un sourire dubitatif.

Une application qui divise les établissements

Sur le terrain, la mise en œuvre de cette interdiction s’annonce complexe. Plusieurs proviseurs, interrogés ces derniers jours, ont fait part de leurs réticences pratiques. Faut-il confisquer les téléphones à l’entrée ? Prévoir des casiers sécurisés ? Sanctionner systématiquement les contrevenants ? Autant de questions qui restent en suspens et qui alimentent le scepticisme des équipes éducatives.

Certains syndicats enseignants ont également pointé une « mesure d’affichage », difficilement applicable dans des lycées de plus de 2 000 élèves. D’autres, au contraire, saluent une « avancée de bon sens », rappelant que les téléphones sont devenus une source majeure de distraction, de harcèlement et de triche pendant les examens.

Le pari risqué de la fermeté

En choisissant de se confronter directement aux lycéens, Emmanuel Macron a pris un risque calculé. Celui de montrer qu’il assume une décision impopulaire, au nom de ce qu’il présente comme l’intérêt supérieur des élèves. Mais cette séquence pourrait aussi se retourner contre lui, en cristallisant le mécontentement d’une génération déjà largement défiante à l’égard de la parole politique.

Reste que le président n’a pas fermé la porte au dialogue. Après avoir écouté les arguments des élèves, il a concédé que des « ajustements » pourraient être envisagés, notamment sur les modalités d’application. Une main tendue qui n’a pas suffi à faire taire les murmures dans les rangs.

À l’issue de cet échange, le constat est clair : si la loi est votée, la bataille de l’opinion, elle, ne fait que commencer.

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