Washington et Caracas ont annoncé ce vendredi 29 août avoir conclu un accord pétrolier qualifié d’« historique », qui verra les États-Unis prendre le contrôle majoritaire de plus de 65 milliards de barils des réserves du Venezuela. Dans un message publié sur Truth Social, le président américain Donald Trump l’a présenté comme le « plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale », affirmant qu’il doublerait les réserves pétrolières des États-Unis. Mais derrière les déclarations triomphales, de nombreux experts soulignent la fragilité de l’entente et l’absence d’effets rapides sur les prix à la pompe.
Un accord conclu avec un pouvoir de transition
L’annonce intervient dans un contexte politique vénézuélien profondément instable. Depuis le raid militaire américain qui a permis début janvier la capture de Nicolas Maduro, Donald Trump cherche à relancer l’exploitation des ressources pétrolières et gazières du pays sous son propre patronage. L’accord a été établi « en étroite collaboration » avec Delcy Rodriguez, qui assure la présidence par intérim du Venezuela depuis l’arrestation de l’ancien dirigeant.
Delcy Rodriguez a d’ailleurs remercié « chaleureusement » Donald Trump dans un communiqué officiel. Mais cette entente ne garantit pas la pérennité des engagements pris par Caracas. Un futur gouvernement pourrait décider de revenir sur les accords conclus avec Washington et de modifier brutalement les « règles du jeu », prévient Jorge R. Pinon, chercheur à l’Energy Institute de l’université du Texas à Austin. L’accord repose donc sur des bases politiques incertaines, susceptibles d’être remises en cause à tout moment.
Un pari coûteux pour les groupes américains
Deuxième point noir de cet accord : les infrastructures pétrolières du Venezuela, après des années de sous-investissement, sont fortement dégradées. Leur remise en état nécessitera des investissements considérables, et Donald Trump compte pour cela sur l’engagement des groupes pétroliers américains. Plusieurs d’entre eux restent toutefois frileux sur le dossier.
D’une part, de lourds investissements sont nécessaires. D’autre part, les expropriations menées par le régime vénézuélien dans le passé refroidissent les investisseurs. Le géant américain ExxonMobil a notamment été exproprié à deux reprises. « Le principal problème au Venezuela concernait la sûreté et la sécurité », a commenté auprès de l’AFP John Kilduff, analyste d’Again Capital. Selon lui, les États-Unis pourraient chercher avec cet accord à « créer une sorte de zone d’État où les entreprises américaines peuvent s’implanter, exercer leurs activités sans subir de répercussions, et éliminer le risque politique qui accompagne habituellement les investissements au Venezuela ».
Une baisse des prix de l’essence annoncée, mais sans calendrier
Donald Trump a également annoncé que « cette transaction historique » entre les États-Unis et le Venezuela permettra « de réduire considérablement le prix de l’essence pour tous les Américains » et « ne coûtera rien aux contribuables américains ». Mais le président américain se garde bien de préciser à partir de quand le prix de l’essence baissera. Et pour cause : cela risquera de prendre des années.
« Ce sont des projets qui mettront très certainement de nombreuses années avant de voir le jour et de porter leurs fruits », estime l’expert pétrolier Oswaldo Felizzola. Pour Elias Ferrer, fondateur du Think tank Orinoco Research, cette annonce relève d’« un jeu de récits autour d’accords qui étaient déjà en cours de négociation », l’achat par les États-Unis de brut vénézuélien étant dans tous les cas « garanti ». D’après l’expert, Donald Trump présente ces arrangements comme une victoire politique, en les inscrivant dans le contexte plus large du conflit au Moyen-Orient et de la flambée des prix de l’énergie.
Des réserves stratégiques américaines au plus bas
Les stocks stratégiques américains de pétrole sont à leur plus bas niveau depuis 1982, après avoir été largement utilisés pour pallier les perturbations d’approvisionnement et la hausse des cours du brut liées à la guerre en cours au Moyen-Orient. De son côté, le Venezuela dispose des plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, avec plus de 303 milliards de barils, mais sa production reste limitée en raison du manque d’investissements et des sanctions internationales.
Marco Rubio, chef de la diplomatie américaine, a confirmé sur X que l’accord prévoit « près de 100 milliards de dollars d’investissements privés » dans le pays. Il a également affirmé que l’accord « soutiendra des milliers d’emplois bien rémunérés et favorisera la reconstruction de l’économie vénézuélienne ». Mais ces promesses se heurtent à la réalité d’un secteur pétrolier vénézuélien en ruine et à la méfiance persistante des investisseurs internationaux.
Un accord fragile aux bénéfices lointains
En définitive, l’accord pétrolier annoncé entre Washington et Caracas constitue avant tout une victoire symbolique pour Donald Trump, qui cherche à démontrer sa capacité à sécuriser l’approvisionnement énergétique américain dans un contexte mondial tendu. Mais sa mise en œuvre effective dépendra de la stabilisation politique du Venezuela, de la capacité des groupes pétroliers américains à surmonter leurs réticences et de la reconstruction d’infrastructures lourdement endommagées.
Les consommateurs américains ne doivent donc pas s’attendre à une baisse immédiate des prix de l’essence. Comme le résument les experts, il faudra probablement des années avant que cet accord ne produise des effets tangibles sur le marché pétrolier mondial. En attendant, le président américain capitalise politiquement sur une entente dont les bénéfices concrets restent à démontrer.


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