Face à Stellantis, les salariés de Poissy dégainent leur propre projet de voiture électrique pour sauver l’usine
La colère ne faiblit pas à Poissy. Mardi 16 juin 2026, le site industriel de Stellantis dans les Yvelines est devenu l’épicentre d’une mobilisation nationale sans précédent pour la défense de la filière automobile française. À l’appel de la CGT, une foule compacte de salariés, de sous-traitants, de syndicalistes de multiples branches et d’élus politiques s’est rassemblée devant l’usine. Leur objectif : s’opposer frontalement à la décision du constructeur d’arrêter la production automobile sur ce site historique d’ici 2028, une restructuration qui menace de mettre sur le carreau près de la moitié des 1 900 ouvriers.
L’ambiance est électrique, nourrie par un sentiment de trahison profond. Les représentants syndicaux ne mâchent pas leurs mots, dressant un réquisitoire sévère contre une direction accusée de duplicité et de mépris.
« Ce sont des menteurs » : la charge explosive des ouvriers contre la direction
Jonathan Dos Santos, porte-parole de la CGT Stellantis Poissy, a porté la voix d’une base ouvrière excédée. « C’est la continuité de ce qu’ fait depuis le mois de septembre 2025, a-t-il lancé. On est 1 900 ouvriers et il y a 900 d’entre nous qui seront mis sur le carreau. C’est inacceptable. »
Il a surtout dénoncé une rupture de confiance totale avec la direction du groupe. Selon lui, un pacte tacite avait été passé il y a deux ans : en échange d’efforts et d’un apaisement du climat social, l’usine se verrait attribuer la production d’un nouveau véhicule. « On a joué le jeu. La direction a changé de discours. Ce sont des menteurs », a-t-il martelé, devant les salariés en colère. Le ton est monté d’un cran lorsque le syndicaliste a dénoncé le comportement de la direction, allant jusqu’à présenter des excuses pour une précédente comparaison animale, avant de promettre une lutte acharnée et des actions coups de poing dans les semaines à venir. a également évoqué une « culture de la peur » instaurée par la hiérarchie pour dissuader les employés de se mobiliser.
Au-delà de Poissy, toute une filière en danger
La mobilisation a dépassé le cadre de la seule usine de Poissy. La manifestation a rassemblé des branches très diverses de la CGT, de la métallurgie aux mines-énergies en passant par les hôpitaux, ainsi que le syndicat UNSA. Une démonstration de force qui illustre l’effet domino redouté sur tout un écosystème industriel.
« Certaines entreprises sous-traitantes ont annoncé des licenciements à la fin de l’année. Il y aura une casse d’emploi contrairement à ce que dit la direction », a alerté Jonathan Dos Santos. Cette crainte a été relayée avec force par Stéphane Flégeau, secrétaire général de la Fédération CGT des travailleurs de la métallurgie. « Nous sommes ici pour défendre nos emplois, notre savoir-faire, notre industrie et l’avenir de nos territoires. Nous refusons que l’usine de Poissy ne devienne autre chose qu’un site de production de véhicules », a-t-il déclaré, appelant à l’unité pour gagner la bataille.
Un contre-projet industriel pour un petit véhicule électrique
Face à la direction qui envisage une reconversion du site vers une autre activité, les syndicats ne se contentent pas de protester. Ils ont profité de ce rassemblement national pour dévoiler et promouvoir un projet industriel alternatif clé en main. Leur proposition est simple et ambitieuse : obtenir l’attribution de la production d’un petit véhicule électrique ou hybride pour le site de Poissy.
« La CGT porte un projet industriel d’attribution d’un petit véhicule électrique ou hybride qui permettrait de sauver la chaîne du site de Poissy et tous les emplois sur place », a expliqué le syndicat. Cette solution se veut non seulement sociale, en préservant l’emploi, mais aussi écologique et économique. L’objectif affiché est de produire un véhicule abordable, répondant aux « besoins populaires et environnementaux », tout en garantissant une charge de travail pour l’ensemble du réseau de sous-traitants. Une manière pour les salariés de reprendre la main sur leur destin et de contester les choix stratégiques du groupe par une proposition concrète.
Le front politique se joint à la bataille de Poissy
Le conflit social prend une tournure éminemment politique. De nombreuses figures de l’opposition de gauche ont fait le déplacement pour apporter leur soutien aux ouvriers et dénoncer ce qu’elles considèrent comme une faillite de la politique industrielle française. Le député La France Insoumise Manuel Bompard a fustigé les « méthodes de voyou » d’une direction qui « intimide » les salariés pour briser la mobilisation.
« Depuis des années, on assiste à une destruction méthodique de l’ensemble de la filière automobile qui se fait dans le silence avec la passivité et la complicité des gouvernements successifs », a-t-il accusé, estimant que seule la mobilisation des travailleurs pourrait inverser le rapport de force. À ses côtés, la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, a déploré un « manque de vision à long terme » et de « stratégie ». Elle a rappelé l’hémorragie d’emplois sur le site au fil des décennies, passant de 27 000 salariés au plus haut à moins de 1 000 à terme pour la production automobile. « C’est un petit bout de la France qui part à chaque fois », a-t-elle lancé, jugeant intolérable cette situation dans un pays qui parle de réindustrialisation verte et de leasing social.
Le bras de fer entre les salariés de Stellantis et leur direction est loin d’être terminé. En proposant leur propre projet industriel pour un véhicule électrique, les ouvriers de Poissy et leurs soutiens montrent qu’ils ne se battent pas seulement pour la survie de leur usine, mais pour une certaine vision de l’industrie automobile française, sociale et écologique. La pression, promettent-ils, ne fera que s’intensifier dans les semaines à venir.


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