« On se lave à la casserole » : à Poissy, le calvaire sans eau chaude dure depuis quatre semaines

Le quotidien est devenu un parcours du combattant pour les habitants du bâtiment 90 de la résidence rue de Villiers à Poissy, dans les Yvelines. Depuis le 28 mai 2026, une partie des locataires vit sans gaz et sans eau chaude, une situation d’urgence qui s’éternise et met les nerfs des résidents à rude épreuve. En cause : une fuite de monoxyde de carbone détectée dans la cuisine d’une locataire, qui a conduit à la coupure immédiate des réseaux pour l’ensemble de la colonne.

Quatre semaines plus tard, le retour à la normale n’est toujours pas à l’ordre du jour pour tous. Si une première colonne de gaz a pu être remise en service le 10 juin, permettant à 12 des 25 logements de retrouver un confort de vie, les 13 foyers restants sont, eux, plongés dans une attente interminable. La raison invoquée par le bailleur social, Batigère Habitat, est un imbroglio technique et humain : l’absence d’un résident lors de la visite de contrôle a empêché la réalisation des tests indispensables à la réouverture du gaz sur la seconde colonne.

Une procédure complexe qui paralyse tout un bâtiment

« La remise en service nécessite un rendez-vous tripartite coordonné par GRDF, avec un bureau de contrôle, le prestataire de maintenance, ainsi que l’ensemble des occupants pour réaliser les essais dans chaque logement », justifie Batigère Habitat. Une procédure d’une lourdeur administrative qui, en pratique, condamne des familles entières à vivre dans des conditions dégradées pour un motif qui leur échappe totalement.

En attendant une hypothétique résolution, les habitants doivent faire preuve d’une ingéniosité forcée. « On se lave à la casserole. C’est scandaleux », témoigne une locataire excédée. « J’ai cinq enfants, ce n’est pas simple. On fait comme à l’ancienne, avec des dizaines d’allers-retours entre la cuisine et la salle de bains. » Le bailleur a bien fourni des plaques chauffantes électriques en guise de solution provisoire, mais celles-ci ne permettent que de faire chauffer de l’eau pour les besoins élémentaires, transformant la toilette quotidienne en une épreuve épuisante.

« Il y a des personnes âgées, des handicapés, comment font-ils ? »

La colère monte d’un cran lorsqu’il s’agit d’évoquer les résidents les plus vulnérables. « Il y a des personnes âgées, des personnes handicapées, des familles avec des enfants en bas âge, comment font-ils ? » s’insurge une autre habitante. La question est d’autant plus vive que les alternatives proposées sont jugées largement insuffisantes.</>

La mairie de Poissy a bien tenté d’apporter une réponse en ouvrant des créneaux de douche au gymnase Marcel-Cerdan, accessibles de 7h30 à 9h et de 18h à 22h. Sur le papier, l’initiative semble salutaire. Sur le terrain, c’est un échec quasi total. Aucun des locataires rencontrés n’utilise ce service. Les critiques fusent : « Ces douches collectives ne sont pas suffisantes. Elles sont sales, sans accès PMR ou pour personnes âgées, loin et les créneaux sont limités. Et puis personne n’a envie d’aller se doucher à côté de son voisin de palier. »

Face à ces reproches, Batigère Habitat reconnaît les limites de son action : « Nous sommes pleinement conscients que ces alternatives ne remplacent pas un service normal, mais elles ont été mises en place pour atténuer les difficultés dans l’attente de solutions durables. »

Une résidente en pointe, un ministre interpellé

Parmi les habitants, une voix s’élève plus fort que les autres. Karine Roblès a décidé de ne rien laisser passer. Elle a formellement demandé l’installation de ballons d’eau chaude électriques provisoires pour tous les résidents, une demande restée lettre morte dans un premier temps. Face au silence du bailleur, elle a porté l’affaire jusqu’au ministère du Logement, en écrivant directement à Vincent Jeanbrun.

Le ministre lui a répondu, assurant avoir transmis son courrier au directeur général de Batigère Habitat. Une intervention qui semble avoir eu un effet, mais un effet très localisé. « J’ai reçu un chauffe-eau électriqueisoire. Je suis la seule. Parce que j’ai gueulé. Mais il en faut pour tous les résidents. Je ne veux pas être privilégiée, insiste-t-elle. Tout le monde doit y avoir le droit. »

Batigère Habitat dément tout traitement de faveur, expliquant que ce ballon électrique « répondait à une situation spécifique portée à la connaissance de nos services ». Le bailleur promet désormais une solution plus globale et annonce une nouvelle intervention pour le 22 juin 2026. Surtout, il assure avoir commandé des ballons d’eau chaude électriques de nouvelle génération dont l’installation serait « imminente ».

Un passé qui pèse et un avenir incertain

Pour les locataires, cette énième promesse est accueillie avec un scepticisme nourri par les antécédents. « Batigère n’a pas l’air de se soucier de ce qui nous arrive plus que ça, peste une résidente. Ce n’est pas dans leur priorité. C’est comme le problème de chauffage cet hiver. Et ils ne nous disent rien. Si ça se trouve, ça peut durer encore un mois. Pendant ce temps, on paye toujours les mêmes. »

Cette allusion à un hiver glacial passé dans des logements mal chauffés révèle un malaise bien plus profond et une défiance totale envers un bailleur perçu comme défaillant. La résidence de la rue de Villiers semble accumuler les défaillances techniques, transformant chaque incident en une crise sociale. L’absence de communication claire et de solutions rapides alimente un sentiment d’abandon chez ces habitants qui ont le tort de n’être pas tous disponibles au même moment pour un rendez-vous technique.

En attendant ce 22 juin tant espéré, la vie s’écoule au rythme des casseroles d’eau bouillante. Une image d’un autre âge, qui témoigne de la fracture entre la gestion administrative d’un dossier et la réalité quotidienne de ceux qui la subissent. Le bailleur assure vouloir « contractualiser une démarche spécifique de levée de coupure de gaz » pour éviter que de telles situations ne se reproduisent. Une promesse qui, pour l’heure, ne réchauffe pas l’eau des bains.

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