C’est une page de l’histoire locale qui se tourne à Poissy (Yvelines). Bernadette Dieudonné, considérée par tous comme la gardienne infatigable du patrimoine pisciacais, s’est éteinte le lundi 22 juin 2026, à l’âge de 92 ans. Née et décédée dans la Cité Saint-Louis, cette femme de lettres et d’archives laisse derrière elle un héritage culturel monumental, tissé au fil de décennies de recherches minutieuses et d’un engagement associatif sans faille.
Pour ses proches, ses collègues du Cercle d’Études Historiques et Archéologiques (CEHA), et les nombreux Pisciacais qui la sollicitaient, elle n’était pas simplement une érudite. Elle incarnait le lien vivant entre les pavés de la ville et la grande Histoire de France. « L’Histoire de Poissy, c’était toute sa vie », confie sa fille, le cœur lourd. « Dans le cadre de ses activités, elle a fait énormément de recherches, elle interrogeait les gens, elle creusait sans relâche. C’était un vrai travail d’historienne. »
Une vocation née des devoirs d’école
Ironie du destin, la passion dévorante de Bernadette Dieudonné pour le passé ne s’est pas révélée sur les bancs de l’école, mais bien plus tard, dans l’intimité du foyer familial. Sa fille se souvient avec tendresse du déclic : « Elle nous a toujours dit qu’elle ne s’intéressait pas beaucoup à l’histoire quand elle était jeune. Elle a vraiment commencé avec ses enfants, quand on avait des exposés à préparer. » Ce qui n’était au départ qu’une aide aux devoirs s’est rapidement mué en une quête personnelle insatiable.
Sa spécialité, et ce qui faisait sa singularité, était cette capacité unique à relier les événements locaux aux grands mouvements de l’Histoire nationale. Elle ne voyait pas Poissy comme une île, mais comme un rouage essentiel de la machine historique française. Cette approche lui a permis de rendre accessible et passionnante l’histoire de la cité, bien au-delà du cercle des initiés.
Une plume au service du patrimoine
Le travail de Bernadette Dieudonné ne serait pas resté dans les mémoires sans sa production littéraire conséquente. Elle a signé plusieurs ouvrages de référence qui ornent aujourd’hui les bibliothèques des amoureux du patrimoine yvelinois. Parmi ses œuvres marquantes, on peut citer Curés et vicaires des Yvelines au cours de la période révolutionnaire (1789-1802) paru en 1993, ou encore Les Ursulines de Poissy, histoire d’un quartier en 1998.
Elle s’est également intéressée à la vie quotidienne et aux figures locales à travers des récits comme Les pompiers de Poissy ont une histoire (2002) et Le Mystère de l’Homme au Pélican (2013). Ch publication était le fruit d’une enquête de terrain rigoureuse, où les archives municipales et départementales n’avaient plus de secrets pour elle. Mais au-delà des documents poussiéreux, c’est la parole des anciens qu’elle chérissait, collectant les souvenirs comme des trésors inestimables.
Un pilier du monde associatif local
L’influence de Bernadette Dieudonné ne se mesure pas uniquement à sa bibliographie. Elle fut un membre incontournable du tissu associatif, notamment au sein du Cercle d’Études Historiques et Archéologiques (CEHA) de Poissy et Carrières-sous-Poissy. Elle y avait adhéré au début des années 1980 et ne l’avait jamais quitté. « C’est une grande dame et une personne remarquable qui vient de nous quitter », témoigne avec émotion Jean-Bernard Rigaudeau, président historique du CEHA.
« Aussitôt arrivée, elle s’est totalement investie pour que l’histoire de sa ville soit mieux connue de tous », poursuit-il. Cette implication s’est concrétisée par une multitude d’articles publiés dans la revue Chronos, dont deux numéros paraissent chaque année. Elle participait à toutes les initiatives : des réunions « à l’écoute des souvenirs », des expositions et de nombreuses conférences qui attiraient un public fidèle, avide de redécouvrir les racines de leur ville.
Le dernier hommage d’une revue
La passion de Bernadette Dieudonné pour l’écriture ne l’a pas quittée jusqu’à ses derniers instants. Fidèle à sa réputation de travailleuse acharnée, elle a finalisé un ultime travail avant de s’éteindre. Ce dernier legs intellectuel sera publié à titre posthume. « Nous aurons l’honneur de publier dans le prochain numéro de Chronos, fin 2026, le dernier travail qu’elle a finalisé, consacré aux Sœurs Saint Paul de Chartres qui ont joué un grand rôle dans l’histoire de Poissy », annonce Jean-Bernard Rigaudeau. Un symbole fort pour celle qui a tant donné à la mémoire collective.
Parallèlement à son action au CEHA, elle s’est aussi dévouée pendant des décennies pour l’association « Sauvegarde et animation du patrimoine sacré de Poissy-Villennes-Médan », anciennement « Accueil et Visite de la Collégiale », participant activement au rayonnement de ce monument emblématique.
Un vide immense dans la Cité Saint-Louis
Avec la disparition de Bernadette Dieudonné, c’est une part de l’âme de Poissy qui s’efface. « Elle avait d’énormes connaissances, et on lui demandait toujours des informations, des souvenirs, des dates, des événements. C’était la mémoire de la ville », résume sa fille. Cette mémoire vivante, capable de raconter l’histoire de chaque rue, de chaque bâtiment, va désormais cruellement manquer aux chercheurs, aux élus et aux simples habitants curieux de leur passé.
La ville s’apprête à lui rendre un dernier hommage à la hauteur de son engagement. Les obsèques de cette figure pisciacaise auront lieu le mardi 30 juin 2026, à 14h30, en la Collégiale de Poissy, ce lieu qu’elle a tant contribué à faire connaître et à préserver. Un ultime rendez-vous pour saluer celle qui, par sa plume et sa parole, a empêché l’oubli de gagner du terrain.
En définitive, Bernadette Dieudonné laisse derrière elle bien plus que des livres et des articles. Elle lègue à Poissy le récit de son identité, patiemment reconstitué. Sa vie nous rappelle que l’histoire locale n’est jamais anecdotique : elle est le socle sur lequel se construit l’avenir d’une communauté.


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