Affaire Le Scouarnec : 50 nouvelles agressions sexuelles et viols visent l’ex-chirurgien déjà condamné

New sex crime charges against ex-surgeon Le Scouarnec

L’ex-chirurgien Joël Le Scouarnec, condamné fin mai 2025 à la peine maximale de 20 ans de réclusion pour des viols et agressions sexuelles sur près de 300 victimes, est désormais visé par une nouvelle information judiciaire. Le parquet de Lorient a annoncé ce mercredi 19 août l’ouverture d’une procédure pour 40 faits d’agressions sexuelles et 10 faits de viols, concernant 48 victimes, sur une période allant de 1987 à 2017.

Dans un communiqué, la procureure de Lorient, Laetitia Mirande, a précisé que « l’existence de nouvelles infractions est apparue ou a été confirmée » lors du procès qui s’est tenu à Vannes au printemps. Le parquet a également reçu « des plaintes complémentaires » après la condamnation de l’ancien praticien. Une enquête préliminaire avait été ordonnée dès mai 2025, et à l’issue de ces investigations, la décision a été prise de saisir un juge d’instruction.

Une affaire qui continue de s’étendre

Les faits retenus dans cette nouvelle procédure, non prescrits, s’étendent sur trois décennies, de 1987 à 2017. Ils concernent à la fois des agressions sexuelles et des viols sur mineurs de 15 ans ou commis par une personne usant de l’autorité que lui confère sa fonction. Cette qualification correspond au profil de Joël Le Scouarnec, qui a exercé comme chirurgien digestif dans plusieurs établissements de l’ouest de la France, où il a eu accès à de jeunes patients souvent endormis ou sous sédation.

Cette nouvelle information judiciaire confirme ce que de nombreuses parties prenantes redoutaient : le nombre total de victimes de l’ex-chirurgien pourrait encore augmenter. Lors de son procès à Vannes, Joël Le Scouarnec avait déjà reconnu des « abus sexuels » sur la fille de son fils aîné, alors âgée d’environ deux ans. Ces aveux, intervenus au cours des audiences, n’avaient pas pu être intégrés à la procédure initiale, faute de temps et de cadre juridique adapté.

Un « puits sans fond » pour les victimes

Manon Lemoine, porte-parole du collectif des victimes de Joël Le Scouarnec, a réagi auprès de l’AFP en évoquant une affaire qui est « une sorte de puits sans fond ». Elle a toutefois exprimé la frustration du collectif face à la manière dont ces nouveaux éléments ont été portés à la connaissance du public. « La justice continue à notre sens de maltraiter les victimes » en n’ayant pas alerté leurs avocats de ces nouveaux éléments avant de communiquer par voie de presse, a-t-elle déclaré.

Cette réaction souligne la tension persistante entre les institutions judiciaires et les victimes, qui réclament depuis des années une meilleure prise en compte de leur parole et une communication plus transparente. Le collectif a déjà rencontré plusieurs ministres et parlementaires pour « travailler concrètement sur les défaillances et sur ce qui doit changer » dans le traitement des violences sexuelles sur mineurs.

Le garde des Sceaux Gérald Darmanin rencontrera vendredi à Vannes des victimes de Joël Le Scouarnec, a fait savoir Manon Lemoine. « Cela fait un an qu’on demande à le rencontrer », a-t-elle souligné, alors que le collectif espère obtenir des engagements concrets sur la réforme des procédures et le suivi des victimes.

Retour sur une affaire hors norme

L’arrestation de Joël Le Scouarnec en 2017, après une plainte pour viol déposée par une très jeune voisine de six ans à Jonzac, en Charente-Maritime, avait permis la découverte dans ses ordinateurs de journaux intimes détaillant ses nombreuses victimes. Ces documents ont constitué la pièce maîtresse de l’enquête, révélant l’ampleur inédite des agressions commises pendant des décennies.

Le procès de Vannes, qui s’est tenu au printemps 2025, a marqué les esprits par sa durée et par le nombre de parties civiles. La cour criminelle du Morbihan a condamné l’ex-chirurgien à la peine maximale de 20 ans de réclusion, une décision qui avait été perçue comme une reconnaissance de la gravité des faits, mais qui n’a pas épuisé les possibilités de poursuites.

Les avocats de Joël Le Scouarnec n’ont pas répondu aux sollicitations de l’AFP dans l’immédiat. L’ancien praticien, âgé de 75 ans, purge actuellement sa peine. La nouvelle information judiciaire pourrait donner lieu à un second procès, si les investigations confirment les charges retenues.

L’affaire Le Scouarnec a par ailleurs eu des répercussions sur le débat public autour de la prescription des crimes sexuels sur mineurs et de la responsabilité des établissements de santé. Plusieurs hôpitaux où il a exercé sont pointés du doigt pour ne pas avoir donné suite à des signalements internes. La question de la protection des patients, en particulier des enfants, reste au cœur des revendications des associations et des collectifs de victimes.

Cette nouvelle procédure judiciaire rappelle que l’affaire Le Scouarnec est loin d’être close. Elle illustre aussi la difficulté à cerner l’ampleur réelle des violences commises par un homme qui a bénéficié pendant des années d’une position d’autorité et de confiance. Pour les victimes, chaque nouvelle révélation est à la fois une reconnaissance et une épreuve supplémentaire.

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