Incendies en Gironde : une plainte vise le pare-feu illégal d’un homme d’affaires du Cap-Ferret

Illegal Firebreak in Gironde Sparks Corruption Probe

L’association anti-corruption AC !! a déposé plainte mercredi 19 août contre X pour demander une enquête sur la création d’un pare-feu lancé sans autorisation par Benoît Bartherotte, influent propriétaire de la presqu’île du Cap-Ferret, lors du mégafeu qui a ravagé la Gironde.

Alors que les flammes menaçaient directement la presqu’île huppée du Cap-Ferret, un homme d’affaires local a pris une initiative qui soulève aujourd’hui de sérieuses questions juridiques et éthiques. Benoît Bartherotte, président de l’Association de défense de la pointe du Cap-Ferret (ADPCF), a entrepris, le 23 juillet, d’abattre des pins sur plusieurs centaines de mètres de large pour ériger un pare-feu destiné à protéger sa propriété de 4 hectares et les environs. Le problème ? Ces travaux ont été lancés sans la moindre autorisation préalable, sur des terrains appartenant en partie à la municipalité et à l’Office national des forêts (ONF).

L’association anti-corruption AC !! a donc décidé de saisir la justice. Dans sa plainte contre X, consultée par l’AFP, elle réclame une enquête sur « d’éventuelles infractions environnementales et forestières » ainsi que sur « les conditions exactes dans lesquelles certaines autorités publiques ont pu permettre ou faciliter » la poursuite de ce chantier controversé. L’objectif est clair : déterminer si des passe-droits ont été accordés à un homme habitué à naviguer dans les hautes sphères du pouvoir.

Un chantier suspendu, puis relancé après des « discussions »

Le déroulé des faits interpelle. Le mégafeu, parti de Saumos en milieu de journée, s’approchait dangereusement du bourg de Lège-Cap-Ferret. Les autorités avaient ordonné l’évacuation de dizaines de milliers de personnes, craignant que les flammes ne coupent l’unique route d’accès à la presqu’île. C’est dans ce contexte d’urgence absolue que Benoît Bartherotte, 79 ans, a lancé ses travaux de défrichement massif.

Mais le chantier n’a pas tardé à être stoppé. Le 26 juillet, la mairie a demandé sa suspension, faute d’autorisation. Pourtant, deux jours plus tard, les tronçonneuses ont repris leur activité. Selon AC !!, cette reprise fait suite à des « discussions avec les autorités ». Une chronologie qui suggère qu’une pression a pu être exercée pour régulariser une situation illégale.

Interrogé par l’AFP, Benoît Bartherotte ne conteste pas avoir agi sans autorisation initiale. Il explique avoir agi « en substitution de la carence de la force publique ». « On a fait très vite, sans que ça ne coûte rien au contribuable. Alors oui, que des gens soient intervenus pour s’insurger de la suspension de notre chantier et que ces interventions aient déterminé une intervention rapide de l’État, c’est possible, mais c’est sensé », estime-t-il.

Des réseaux « jusqu’à Brigitte Macron »

L’homme d’affaires, installé depuis le début des années 1980 sur la presqu’île, est connu pour son franc-parler et son influence. Lors d’une rencontre avec l’AFP sur « son » chantier le 29 juillet, il assumait « d’être dans l’action » face à « l’urgence », expliquant avoir fait jouer ses réseaux « jusqu’à Brigitte Macron » pour obtenir une autorisation a posteriori. Une déclaration qui en dit long sur sa capacité à mobiliser les plus hautes sphères de l’État.

Ce n’est pas la première fois que Benoît Bartherotte se retrouve au cœur d’un bras de fer avec les autorités. Depuis des décennies, il mène une lutte acharnée pour maintenir une digue de lutte contre l’érosion sur sa propriété, un dossier qui l’a opposé à plusieurs reprises à la justice. Récemment, le magazine du Monde lui a consacré un long portrait au titre évocateur : « Au Cap-Ferret, Benoît Bartherotte, maître en son royaume ».

Pour Jean-Pierre Steiner, ancien commissaire de police et membre d’AC !!, le comportement de l’homme d’affaires est symptomatique. « On connaît M. Bartherotte qui a un culot monstre », commente-t-il. « À travers son association, il a d’abord protégé sa propriété, pas la nature », fustige-t-il, estimant que l’intéressé s’est « exempté » du respect des règles et a ensuite « tordu le bras » des autorités pour faire autoriser un ouvrage réalisé « sans aucune coordination en amont ».

Un pare-feu légal bien plus vaste existait déjà

L’ironie de l’affaire, c’est que les autorités avaient déjà prévu et réalisé leur propre pare-feu. Le 27 juillet, soit un jour avant la reprise du chantier de Bartherotte, un deuxième pare-feu, bien plus vaste, a été créé légalement plus au nord, à l’entrée de la presqu’île. Ces travaux colossaux, menés dans le cadre d’un plan global de lutte contre les incendies, ont consisté à créer au total 127 kilomètres de pare-feux pour empêcher la progression des flammes dans le département.

Cette concomitance pose la question de la nécessité réelle de l’initiative privée de Benoît Bartherotte. Si un dispositif public d’une telle ampleur était en cours de déploiement, pourquoi un particulier a-t-il pris le risque d’agir illégalement, avec les conséquences environnementales que cela implique ? L’abattage de pins sur des centaines de mètres de large n’est pas anodin : il détruit un écosystème forestier, même si l’objectif affiché est de protéger des vies et des biens.

La plainte d’AC !! vise donc à faire la lumière sur les éventuelles complicités dont a pu bénéficier l’homme d’affaires. L’association anti-corruption espère que la justice déterminera si des infractions ont été commises, tant sur le plan environnemental que sur celui de l’usage du pouvoir. L’enquête devra notamment établir qui, au sein des autorités, a pu donner son feu vert, même tacite, à la reprise des travaux.

En attendant, le mégafeu de Gironde a laissé des traces profondes : 42 000 hectares ravagés, des milliers de personnes évacuées, et désormais, une controverse sur la manière dont certains ont pu tirer profit de la catastrophe pour imposer leur propre agenda. L’affaire Bartherotte illustre les tensions entre urgence sécuritaire, respect de la légalité et influence des puissants. La justice devra trancher.

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