Des épaves de péniches abandonnées sur la Seine : le long casse-tête pour les évacuer

Abandoned Barges on Seine Raise Safety Concerns

Depuis fin avril 2026, deux péniches à la dérive ont été amarrées en urgence sous le pont reliant Carrières-sous-Poissy à Poissy, dans les Yvelines. Quatre mois plus tard, elles sont toujours là, suscitant l’inquiétude des riverains et des autorités. Qui les a laissées là ? Et surtout, quand vont-elles enfin disparaître du paysage ?

Des nuisances qui exaspèrent les riverains

Les deux embarcations, désormais à l’état d’épaves, n’ont pas seulement un impact visuel. Elles génèrent de véritables nuisances pour les habitants des bords de Seine. Eaux stagnantes, prolifération de moustiques, cadre de vie dégradé : la présence de ces bateaux abandonnés alimente les plaintes depuis le printemps.

Mais comment ces péniches ont-elles atterri là ? Selon Voies navigables de France (VNF), tout commence fin avril 2026. « L’astreinte de VNF a été contactée par les pompiers alors que ces deux embarcations étaient à la dérive », explique l’organisme. Amarrées en urgence par le Service départemental d’incendie et de secours des Yvelines (Sdis 78) le 28 avril, elles ont ensuite été sécurisées par les équipes de VNF.

Le constat est rapidement sans appel : bateaux non entretenus, amarrage sommaire, risque élevé de dérive dans une zone très fréquentée par le trafic fluvial touristique et commercial. Le tout à proximité immédiate du chantier de reconstruction de la passerelle piétonne.

Une procédure judiciaire engagée

Face à ces dangers, VNF dresse des procès-verbaux à l’encontre des propriétaires des deux péniches. Le 21 juillet 2026, le tribunal administratif de Versailles rend deux ordonnances enjoignant aux propriétaires de déplacer leurs embarcations. Mais rien ne bouge.

« VNF a fait le constat que les deux embarcations n’ont pas été déplacées par leurs propriétaires et a dès lors engagé des actions pour exécuter les décisions de justice et libérer les lieux », précise l’organisme. En clair, l’État reprend la main.

Concrètement, deux axes de travail sont lancés. D’une part, une expertise fluviale de la coque a été réalisée pour obtenir un titre de navigation provisoire, délivré par les services du préfet de Région (DRIEAT). D’autre part, VNF consulte des entreprises spécialisées pour déplacer les embarcations à l’aide de pousseurs vers un port privé.

« On ne fait pas n’importe quoi sur le fleuve »

Pour Eddie Aït, maire de Carrières-sous-Poissy, la situation est inacceptable. « Il y a des règles et des usages. Vous ne pouvez pas laisser une épave de voiture au bord d’une route sans conséquence. Là, c’est pareil avec un bateau. On ne fait pas n’importe quoi sur le fleuve », martèle l’élu.

Et les propriétaires ne s’en tireront pas à bon compte. Le tribunal administratif a statué : ils devront supporter les frais de déplacement des deux péniches. Une décision qui pourrait dissuader d’autres abandons sauvages sur les voies navigables.

Mais déplacer deux grosses embarcations n’a rien d’une promenade de santé. « C’est très compliqué, reconnaît Eddie Aït, car il faut faire venir des bateaux spécialisés, puis parfois broyer et évacuer les restes d’épave. »

Une évacuation espérée pour la mi-septembre

Selon VNF, le calendrier se précise enfin. « En fonction de la délivrance du titre de navigation provisoire, elles seront déplacées courant septembre 2026 », annonce l’organisme. Une échéance que le maire de Carrières-sous-Poissy juge raisonnable, malgré les apparences.

« Cela peut paraître long à notre échelle, mais de mai à mi-septembre, lorsqu’on connaît la gestion du domaine fluvial, les autorisations et les procédures administratives, c’est finalement assez rapide », estime Eddie Aït.

En attendant, les deux épaves restent sous surveillance. Le risque de désamarrage demeure une préoccupation majeure pour VNF, qui doit composer avec les contraintes techniques et réglementaires propres au domaine public fluvial.

Cette affaire illustre la complexité de la gestion des épaves sur les voies navigables françaises. Entre identification des propriétaires, procédures judiciaires et contraintes techniques, le chemin est long. Mais pour les riverains de Poissy et de Carrières-sous-Poissy, l’essentiel est ailleurs : que ces péniches disparaissent enfin du paysage, et que la Seine retrouve sa quiétude.

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