L’ancien maire socialiste d’Alençon et ex-député de l’Orne, Joaquim Pueyo, fait face à de nouvelles accusations d’agressions sexuelles sur mineurs. Selon une enquête de la cellule investigation de Radio France révélée ce dimanche, deux hommes affirment avoir été victimes de l’élu dans les années 1980 et 1990, alors qu’il exerçait comme directeur de prison pour l’administration pénitentiaire.
Ces nouveaux témoignages s’ajoutent à une première accusation portée il y a cinq mois par le journaliste Frédéric Pommier, qui affirme avoir été violé par Joaquim Pueyo à l’âge de 7 ans. Cette plainte avait toutefois été classée sans suite en raison de la prescription des faits.
Un premier témoignage remontant à 1981
Patrick B., aujourd’hui âgé de 59 ans, raconte avoir rencontré Joaquim Pueyo au printemps 1981, alors qu’il n’avait que 14 ans. Orphelin, l’adolescent cherchait à s’éloigner de son foyer situé au sud d’Alençon pour se rendre dans la ville voisine d’Arçonnay. C’est à ce moment que l’homme politique, qui n’était pas encore élu, l’aurait pris en stop.
Selon son récit, Joaquim Pueyo l’a d’abord conduit en ville avant de lui proposer de déjeuner ensemble et de l’emmener au cinéma. En fin de journée, prétextant qu’il était trop tard pour rentrer, il aurait invité l’adolescent à dormir dans sa maison. C’est au cours de cette nuit que Patrick B. affirme avoir été agressé sexuellement.
« Il m’a imposé des caresses. Je l’ai repoussé plusieurs fois mais il est revenu vers moi durant mon sommeil. Il me répétait : « Chut ! Chut ! Chut ! ». J’entends encore ce « Chut ! » aujourd’hui », confie l’homme, qui explique avoir été contraint à une masturbation forcée malgré ses tentatives de repousser son agresseur présumé.
Un second témoignage dans l’enceinte d’une prison
La cellule investigation de Radio France a également recueilli le témoignage de Tony C., aujourd’hui âgé de 47 ans. Les faits qu’il dénonce se seraient produits en 1994, alors que Joaquim Pueyo était directeur de la maison d’arrêt de Nanterre. L’adolescent, âgé de 15 ans à l’époque, dormait dans l’appartement de fonction de l’élu au sein même de l’établissement pénitentiaire, avec sa mère qui était une amie de Joaquim Pueyo. Tous deux avaient été invités par ce dernier pour quelques jours afin de visiter Paris.
Tony C. affirme avoir été réveillé en pleine nuit par des caresses sur ses parties intimes. « Je n’ai pas compris. Quand on est jeune, forcément, on ne comprend pas. Je me suis retourné sur le ventre, dans un mouvement d’autodéfense, pour que ça s’arrête. C’était Joaquim Pueyo qui était derrière moi », témoigne-t-il.
Les deux hommes ont exprimé leur intention de porter plainte pour agression sexuelle sur mineur, un délit dont la prescription est désormais acquise pour des faits aussi anciens. Leur démarche s’inscrit toutefois dans une volonté de reconnaissance et de libération de la parole.
La défense de Joaquim Pueyo rejette ces accusations
Interrogé par Radio France, l’avocat de Joaquim Pueyo a indiqué n’accorder « aucune valeur » à ces témoignages. Il assure que son client se tient « à la disposition de la justice » si elle souhaite l’entendre, tout en contestant fermement la véracité des faits rapportés.
Cette nouvelle affaire intervient dans un contexte déjà chargé pour l’ancien édile. En avril dernier, le journaliste Frédéric Pommier avait publiquement accusé Joaquim Pueyo de l’avoir violé lorsqu’il était enfant, à l’âge de 7 ans. Si cette plainte a été classée sans suite pour cause de prescription, elle avait considérablement entaché la réputation de l’homme politique, qui avait dirigé la ville d’Alençon de 2008 à 2020 avant de siéger à l’Assemblée nationale.
Un parcours politique désormais entaché
Joaquim Pueyo, figure du Parti socialiste dans l’Orne, a connu une carrière politique notable. Ancien directeur de prison, il a également occupé les fonctions de maire d’Alençon pendant douze ans et de député de la première circonscription de l’Orne. Son parcours dans l’administration pénitentiaire, qui l’a mené à diriger plusieurs établissements, est aujourd’hui au cœur des investigations journalistiques.
Ces révélations successives posent la question de la parole des victimes d’agressions sexuelles sur mineurs commises il y a plusieurs décennies. Si la prescription empêche toute poursuite judiciaire dans ces affaires, elles participent néanmoins à une prise de conscience collective sur l’ampleur des violences sexuelles faites aux enfants et à la nécessité de libérer la parole des victimes, quel que soit le statut social des personnes mises en cause.
L’affaire Joaquim Pueyo illustre une nouvelle fois la difficulté pour les victimes d’agressions sexuelles de voir leur parole reconnue lorsque les faits sont anciens. Malgré l’absence de conséquences pénales possibles en raison de la prescription, ces témoignages publics contribuent à briser le silence et à alerter sur la réalité des violences subies par les mineurs, y compris de la part de personnalités investies de responsabilités publiques.


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