Stellantis annonce la fin de la production automobile à Poissy pour 2029, une page se tourne en Île-de-France

Stellantis Poissy Plant to Stop Car Production by 2029

M_DESC: Stellantis announces the end of vehicle production at its historic Poissy plant by 2029, transforming it into a circular economy hub for parts and vehicle refurbishment with no layoffs planned.

C’est un séisme industriel qui secoue les Yvelines. Le constructeur automobile Stellantis a officialisé ce jeudi la fin de la production de véhicules dans son usine historique de Poissy à l’horizon 2029. Le site francilien, qui emploie actuellement près de 2 000 salariés et assemble les Opel Moka et DS3, va entamer une mue profonde pour se reconvertir vers l’économie circulaire. La direction promet qu’aucun licenciement ne viendra entacher cette transformation, misant sur les départs naturels et un vaste plan de diversification des activités.

L’annonce, révélée par franceinfo, met fin à des mois d’incertitudes et de rumeurs persistantes sur l’avenir du dernier site de production automobile d’Île-de-France. Les salariés, déjà ébranlés par des épisodes de chômage partiel à l’automne 2025, voyaient leurs craintes se matérialiser. Pourtant, le groupe dirigé par Carlos Tavares tente de présenter ce virage non pas comme une fermeture, mais comme une renaissance industrielle.

Un virage stratégique vers l’économie circulaire

Le projet de Stellantis pour Poissy est ambitieux. Plutôt qu’un abandon pur et simple du site, le constructeur promet un investissement de 100 millions d’euros pour le transformer en un pôle multi-activités. Concrètement, les lignes de montage laisseront place à plusieurs nouvelles missions, calquées en partie sur le modèle adopté par Renault sur son site de Flins, également dans les Yvelines.

Les activités envisagées sont multiples et visent à ancrer l’usine dans les défis contemporains de l’industrie automobile. La production de pièces détachées pour d’autres usines du groupe constituera un pilier central. Les ouvriers se consacreront également au reconditionnement de véhicules d’occasion, un marché en pleine expansion. Enfin, le site développera une activité de préparation de voitures et de petits utilitaires destinés aux artisans et aux flottes d’entreprises, segment spécifique nécessitant des aménagements techniques.

L’impression 3D comme symbole de modernité

Au-delà de ces activités de service et de logistique, Stellantis entend faire de Poissy un centre d’excellence technologique. L’impression 3D est ainsi présentée comme l’un des axes forts de la reconversion. Cette technologie de pointe, déjà utilisée pour le prototypage rapide et la fabrication de pièces complexes ou en petites séries, symbolise la volonté du groupe de conserver un savoir-faire industriel de haut niveau sur le site, même sans assemblage final de véhicules.

Cette diversification radicale est présentée comme la garantie de la pérennité du site. La direction insiste sur le fait que cette transformation permettra de maintenir un socle d’emplois stable, en adéquation avec la baisse mécanique des effectifs liée aux départs en retraite non remplacés.

2>La promesse du « zéro licenciement »

Au cœur des préoccupations sociales, l’engagement de Stellantis est clair : aucun licenciement contraint. Le calcul repose sur une pyramide des âges favorable à une attrition naturelle. Selon les projections de l’entreprise, les effectifs passeront de 2 000 salariés aujourd’hui à environ 1 200 à la fin de l’année 2028, date à laquelle les dernières voitures sortiront des chaînes. Cette réduction de 800 postes s’opérera uniquement par le non-remplacement des départs à la retraite.

Cette promesse, bien que rassurante sur le papier, ne dissipe pas toutes les inquiétudes. La nature du travail va profondément changer pour les salariés qui resteront, passant d’une culture de la production de masse à des métiers de service et de maintenance. La direction assure que des plans de formation massifs seront déployés pour accompagner cette transition des compétences.

L’usine de Poissy est bien plus qu’une simple unité de production. Elle est un monument de l’histoire automobile française, berceau de marques emblématiques comme Simca, Talbot, puis Peugeot et Citroën avant de rejoindre le giron de Stellantis. Sa transformation illustre de manière saisissante les bouleversements qui traversent le secteur automobile mondial, entre électrification, pressions concurrentielles et mutations des usages.

La décision de Stellantis intervient dans un contexte de marché européen difficile, que le groupe avait déjà invoqué en septembre 2025 pour justifier trois semaines de chômage partiel touchant les 2 000 salariés du site. À l’époque, des voix s’élevaient déjà parmi les ouvriers pour exprimer un profond pessimisme, certains jugeant que « l’avenir du site est mort ». L’officialisation de la fin de la production, même assortie d’un plan de reconversion, vient confirmer ce sombre pressentiment.

Ce mouvement de désindustrialisation de l’Ouest parisien n’est pas isolé. Renault a engagé une mutation similaire à Flins, délaissant l’assemblage pour le recyclage et le reconditionnement, tandis que le technicentre de Guyancourt subissait de lourdes suppressions de postes dans l’ingénierie. La carte industrielle des Yvelines, longtemps un poumon de l’automobile française, se redessine à vitesse accélérée.Pour les collectivités locales et les pouvoirs publics, l’enjeu est désormais de veiller à ce que la promesse de diversification de Stellantis soit tenue et que le tissu économique local ne subisse pas de dommages collatéraux irréversibles. L’enveloppe de 100 millions d’euros et le maintien de plus d’un millier d’emplois constituent une base de négociation, mais la vigilance reste de mise. La transformation de Poissy sera un test grandeur nature de la capacité d’un géant automobile à gérer une transition socialement acceptable, en évitant le traumatisme d’une fermeture sèche qui hanterait la mémoire ouvrière de la région.

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