Le maire de Chartres, Ladislas Vergne, a annoncé ce jeudi 20 août que Patrick Bruel n’était « pas le bienvenu » pour se produire dans sa ville. Le chanteur, visé par de multiples plaintes pour viol et agression sexuelle, devait y donner le premier concert de sa tournée le 2 octobre prochain.
La décision, rendue publique sur le réseau social X, marque un tournant dans la gestion des accusations qui visent l’artiste de 67 ans. Ladislas Vergne (DVD) a justifié sa position en rappelant que Patrick Bruel fait désormais l’objet de 32 plaintes. « Ma position est claire : Patrick Bruel ne se produira pas à Chartres », a-t-il écrit, soulignant sa volonté de respecter la parole des victimes présumées et le temps de la justice.
Une décision « pas une condamnation » mais « une demande de responsabilité »
Dans son message, l’édile a tenu à préciser que sa décision « n’est pas une condamnation », mais « une demande de responsabilité face à une situation devenue exceptionnelle ». Il a également rappelé que « la présomption d’innocence est un principe de notre État de droit. Mais elle ne doit jamais conduire à faire taire la parole de celles qui affirment avoir été victimes ».
Le maire de Chartres a insisté sur la nécessité de considérer les parcours individuels derrière les chiffres. « Derrière les chiffres, il y a des femmes, des paroles, des parcours et des souffrances présumées qui doivent être entendus et considérés avec le plus grand sérieux. Il y a aussi la nécessité de garantir à la justice la sérénité nécessaire pour faire son travail », a-t-il déclaré.
Pour Ladislas Vergne, Patrick Bruel « doit entendre ce qui se passe » et « prendre du recul ». Il appelle le chanteur à retirer sa venue de Chartres, tout en laissant une porte ouverte pour l’avenir. « S’il revient dans un an : pas de problème. Parce qu’il sera blanchi. Mais pas aujourd’hui, pas dans ce contexte », a-t-il expliqué à France Télévisions.
Une tournée maintenue malgré les appels à la mobilisation
Cette annonce intervient alors que le magazine people Voici affirme dans son numéro à paraître vendredi que Patrick Bruel a l’intention de maintenir sa tournée d’automne, malgré les appels à la mobilisation de collectifs féministes. La tournée de 35 dates doit s’étaler du 2 octobre au 21 novembre et passera par de très grandes salles françaises, dont le Zénith de Paris.
Le chanteur de « Casser la voix » avait pourtant annulé fin mai tous ses concerts jusqu’en septembre, après une multiplication de témoignages et d’accusations. Il prévoit désormais d’entamer cette série de concerts pour célébrer les 35 ans de l’album « Alors regarde ».
Les pressions se sont intensifiées ces dernières semaines. Des collectifs féministes avaient déjà obtenu l’annulation de représentations de la pièce de théâtre dans laquelle jouait Patrick Bruel à Paris fin mai. La question de sa présence sur scène divise désormais les municipalités et les organisateurs de spectacles.
Une situation judiciaire complexe
Patrick Bruel est mis en examen dans quatre dossiers de violences sexuelles et a été placé sous le statut de témoin assisté dans quatre autres. Ce mercredi, une avocate de plaignantes, Me Myriam Guedj-Benayoun, a assuré avoir déposé une nouvelle plainte pour tentative de viol contre le chanteur. Elle a également indiqué que de nouveaux témoignages seront livrés à la justice en septembre.
Le nombre de plaintes a considérablement augmenté depuis le début de l’affaire. Une nouvelle plainte pour viol sur une victime mineure a notamment été déposée, portant le total à 32 selon les informations relayées par le maire de Chartres. Cette accumulation de procédures judiciaires place les organisateurs de spectacles dans une position délicate, entre respect de la présomption d’innocence et prise en compte de la gravité des accusations.
La décision de la ville de Chartres pourrait créer un précédent. D’autres municipalités pourraient être tentées de suivre cet exemple, alors que la tournée prévoit des passages dans de nombreuses grandes villes françaises. La question de l’opportunité de maintenir ces concerts se pose désormais avec acuité, tant pour les producteurs que pour les élus locaux.
Le maire de Chartres a résumé sa position en une phrase : « La présomption d’innocence ne doit jamais conduire à faire taire la parole de celles qui affirment avoir été victimes. » Une position qui illustre la tension entre les principes juridiques fondamentaux et la prise en compte des mouvements sociaux contemporains.
En attendant, Patrick Bruel n’a pas encore réagi publiquement à cette interdiction. La tournée, si elle est maintenue, devra désormais trouver une nouvelle ville pour son concert d’ouverture, prévu initialement le 2 octobre à Chartres.


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