Après un été marqué par des feux de forêt d’une intensité rare et des interventions en constante augmentation, les sapeurs-pompiers français passent à l’action. Réunis en intersyndicale, les neuf syndicats représentatifs des services d’incendie et de secours (Sdis) ont annoncé, vendredi 28 août, le dépôt d’un préavis de grève courant du 8 septembre au 20 octobre. Une décision forte, destinée à maintenir la pression sur le gouvernement dans un contexte de colère grandissante au sein de la profession.
« Nous allons déposer un préavis de grève à compter du 8 septembre jusqu’au 20 octobre », a déclaré Xavier Boy, porte-parole de l’intersyndicale des sapeurs-pompiers, lors d’une conférence de presse tenue au siège du parti des Écologistes à Paris. Le choix de ces dates n’a rien d’anodin : le 8 septembre correspond à la remise en main propre du projet de loi de modernisation de la sécurité civile, tandis que le 20 octobre marque le début de l’examen du projet de loi de finances. Entre ces deux échéances, les soldats du feu entendent faire entendre leur voix.
Un été éprouvant qui a mis les corps à rude épreuve
L’annonce de ce préavis de grève intervient après un été particulièrement éprouvant pour les sapeurs-pompiers. Les incendies de forêt, notamment en Gironde, ont mobilisé des milliers de professionnels et de volontaires pendant des semaines. Face à des feux d’une ampleur inédite, les effectifs ont été mis à contribution de manière intensive, entraînant fatigue, épuisement et un profond sentiment de manque de reconnaissance.
Dans un article publié récemment, des sapeurs-pompiers témoignaient de leur mal-être : « Les corps sont mis à rude épreuve ». Une réalité qui illustre la saturation d’un système de secours jugé à bout de souffle par de nombreux acteurs du terrain. Les interventions, elles, ne cessent d’augmenter, portées par des missions de plus en plus variées : secours à personne, risques technologiques, événements climatiques extrêmes.
Trois revendications principales sur la table
Mi-août, l’intersyndicale avait été reçue par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. À cette occasion, les représentants des sapeurs-pompiers avaient présenté trois revendications majeures :
- Obtenir davantage de moyens face à des interventions qui explosent.
- Procéder à un recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels.
- Adopter rapidement un projet de loi de modernisation de la Sécurité civile.
Mais à l’issue de cette rencontre, la déception était palpable. « Très déçus » par les promesses du ministre, les syndicats avaient appelé à une mobilisation nationale fin septembre, avec une manifestation « statique » prévue les 26, 27 et 28 septembre, place de la République à Paris. Le préavis de grève annoncé ce vendredi s’inscrit dans la continuité de cette dynamique contestataire.
Un Beauvau de la Sécurité civile resté lettre morte
Lancée mi-2024, la concertation de douze mois baptisée « Beauvau de la Sécurité civile » devait déboucher sur une loi ambitieuse de modernisation du système de secours, avec des financements supplémentaires à la clé. Mais force est de constater que ces promesses sont restées lettre morte jusqu’à présent. Les discussions engagées sur le financement des Sdis « aboutiront rapidement et concrètement, dès le projet de loi de finances 2027, avec l’augmentation des ressources », avait pourtant assuré Laurent Nuñez.
Une annonce qui n’a pas convaincu les représentants des sapeurs-pompiers. « Il va falloir que les textes qu’ils vont nous présenter soient à la hauteur », a averti Xavier Boy. « Il faut aussi que le gouvernement ne mette pas n’importe quoi dans cette loi de finances pour qu’on se retrouve entre la peste et le choléra », a-t-il prévenu, soulignant la nécessité de ne pas opposer les services de secours à d’autres priorités budgétaires.
Une mobilisation qui monte en puissance
Ce préavis de grève, déposé pour une durée de plus d’un mois, constitue un signal fort adressé au gouvernement. Alors que les sapeurs-pompiers sont souvent salués comme des héros lors des crises, beaucoup dénoncent un décalage entre les discours et les actes. Après les incendies de l’été, plusieurs voix se sont élevées pour refuser l’étiquette de « héros » préférée par les responsables politiques, réclamant à la place des moyens concrets et durables.
La manifestation statique prévue fin septembre à Paris pourrait rassembler des milliers de sapeurs-pompiers professionnels et volontaires venus de toute la France. L’objectif : faire pression sur les parlementaires avant l’examen du budget et obtenir des avancées significatives dans la loi de modernisation de la sécurité civile. Le mouvement s’annonce comme l’un des plus importants de ces dernières années pour la profession.
En résumé, les sapeurs-pompiers, épuisés par un été de feux intenses et confrontés à des moyens insuffisants, ont décidé de durcir le ton. Le préavis de grève déposé du 8 septembre au 20 octobre vise à obtenir des engagements fermes sur le financement des Sdis, le recrutement de professionnels et l’adoption d’une loi de modernisation à la hauteur des défis. La mobilisation ne fait que commencer.


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