Les deux journalistes français détenus au Togo libérés et attendus en France

French journalists freed in Togo after drone arrest

Leur détention avait suscité une vive inquiétude dans le milieu du journalisme et au-delà. Les Français Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani, arrêtés au Togo fin juillet alors qu’ils tournaient un épisode de l’émission « Les routes de l’impossible » pour France 5, ont obtenu une liberté provisoire, a annoncé leur avocat ce mercredi 2 août. Leur collaborateur togolais, Fred Vedomey, a également été libéré sous le même régime. Selon les informations du Monde, les deux ressortissants français devraient regagner la France dès ce mercredi soir.

Cette libération intervient après plusieurs semaines de détention à Lomé, la capitale togolaise, où les trois hommes avaient été inculpés pour « fausses déclarations ». Leur arrestation avait été largement relayée par les organisations de défense de la liberté de la presse, qui dénonçaient une procédure injustifiée visant à entraver le travail des journalistes. La libération de Sebastian Perez Pezzani, dont l’état de santé s’était dégradé, était intervenue dès la fin du mois d’août. Placé sous contrôle judiciaire, il avait été autorisé à quitter la prison pour suivre des soins à Lomé, mais son passeport lui avait été confisqué.

Une liberté provisoire confirmée par la justice togolaise

La nouvelle de la libération de Gaël Mocaër et de Fred Vedomey a d’abord été rapportée mardi soir par plusieurs médias togolais, avant d’être confirmée mercredi matin par leur avocat. « Leur maintien en détention n’est plus nécessaire pour la manifestation de la vérité », a-t-il déclaré au micro de RFI, sans toutefois préciser les conditions exactes de cette liberté provisoire ni les éventuelles restrictions qui pourraient l’accompagner. Aucun détail n’a filtré sur un éventuel contrôle judiciaire ou sur la restitution des passeports des deux hommes.

Cette issue, même provisoire, marque un tournant dans une affaire qui avait pris une dimension diplomatique. Les autorités françaises, par la voix du Quai d’Orsay, avaient exprimé à plusieurs reprises leur préoccupation quant au sort des deux ressortissants. Des démarches consulaires avaient été engagées, tandis que des appels à leur libération se multipliaient, portés notamment par Reporters sans frontières (RSF), qui avait lancé une pétition et organisé des rassemblements devant l’ambassade du Togo à Paris.

Un tournage au drone au cœur des accusations

Au centre de l’affaire, l’utilisation d’un drone lors du tournage. La justice togolaise reproche aux trois hommes d’avoir filmé, notamment dans le nord du pays, une région où la situation sécuritaire est particulièrement tendue en raison d’attaques jihadistes récurrentes. Les ministères togolais de la Justice et de la Sécurité avaient affirmé que les trois hommes se « prévalaient d’une autorisation délivrée par le ministère chargé du Tourisme », mais que cette autorisation, datée du 19 juin 2026, « avait été signée au seul nom de M. Vedomey Komi » et était « strictement limitée à des localités déterminées » qui ne couvraient pas la région des Savanes, où une partie des images auraient été tournées.

Les trois professionnels ont toujours réfuté ces accusations. Leur société de production a assuré qu’ils étaient en règle lors de leur reportage, expliquant que les autorisations nécessaires avaient été obtenues et que le travail documentaire ne présentait aucun caractère sensible. Leur défense a également souligné le caractère disproportionné de la détention, estimant qu’une simple vérification administrative aurait suffi à clarifier la situation sans recourir à l’incarcération.

Un signal pour la liberté de la presse en Afrique de l’Ouest

Cette affaire a mis en lumière les difficultés croissantes rencontrées par les journalistes étrangers et locaux en Afrique de l’Ouest, où les zones d’instabilité sécuritaire se multiplient. Le Togo, petit pays côtier d’Afrique de l’Ouest, occupe la 97e place sur 180 pays au classement annuel de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Un rang qui témoigne d’un environnement déjà préoccupant pour les professionnels de l’information, où les pressions politiques et administratives peuvent rapidement se transformer en procédures judiciaires.

Pour RSF, la libération des deux Français et de leur collaborateur togolais est un soulagement, mais l’organisation appelle à la vigilance. « Nous restons mobilisés jusqu’à leur retour effectif en France et jusqu’à l’abandon total des charges », a réagi l’ONG, qui suit le dossier depuis le premier jour. La crainte d’un retournement de situation ou de nouvelles restrictions administratives demeure, tant que le statut judiciaire des trois hommes n’est pas définitivement clarifié.

La libération de Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani marque la fin d’une épreuve de plus d’un mois pour les deux documentaristes, dont le travail consistait à filmer les réalités de routes parmi les plus dangereuses du monde. Leur retour en France, s’il se confirme, permettra de clore un chapitre douloureux, mais la procédure judiciaire au Togo pourrait, elle, se poursuivre. Les trois hommes restent en effet sous le coup de l’inculpation pour « fausses déclarations », une accusation qu’ils contestent fermement.

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