Le bilan ne cesse de s’alourdir. Les coulées de boue dévastatrices survenues mercredi 26 août à la frontière entre le Népal et le Tibet ont causé la mort d’au moins 270 personnes côté népalais, selon un nouveau bilan de la police publié jeudi matin. Les autorités chinoises font état de trois morts supplémentaires au Tibet, portant le total provisoire à au moins 273 victimes et plus de 1 300 disparus.
Une catastrophe d’une ampleur rare, déclenchée par un phénomène naturel brutal. Un puissant torrent d’eau, de boue et de débris a dévalé à grande vitesse les deux versants de la frontière montagneuse, engloutissant habitations, routes et infrastructures en quelques minutes. L’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS) a confirmé qu’un séisme de magnitude 5,2, provoqué par un effondrement glaciaire, était à l’origine de cette coulée de débris aux « conséquences catastrophiques en aval ».
Des images terrifiantes et des villages rayés de la carte
Les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent une vague de plusieurs mètres submergeant un immeuble d’une demi-douzaine d’étages à Giyrong, côté chinois. Le bâtiment est englouti en quelques secondes. Ces images, authentifiées par les autorités, témoignent de la violence du phénomène. Au Népal, le district de Nuwakot figure parmi les zones les plus durement touchées. Des ponts se sont effondrés, des routes ont été emportées, et certaines vallées du Nord ne sont plus accessibles que par hélicoptère.
David Fisher, responsable de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge au Népal, a décrit une situation humanitaire critique. « Les besoins sont très importants », a-t-il déclaré à la BBC, précisant que de nombreuses personnes avaient dû dormir à la belle étoile. Des familles entières ont été balayées par les flots, et les secours peinent à atteindre les zones les plus reculées.
Au moins quatre Français portés disparus
L’Office du tourisme du Népal a recensé 644 personnes portées disparues, dont au moins quatre ressortissants français. Les autorités népalaises n’ont pas communiqué sur le nombre de touristes chinois disparus sur leur territoire. Pékin affirme de son côté qu’« environ 100 ressortissants chinois sont portés disparus dans les zones touchées par le désastre côté népalais ». Les médias d’État chinois évoquent 558 disparus au Tibet, dont 260 étrangers dont les nationalités n’ont pas été précisées.
À l’aéroport de Katmandou, des familles anxieuses se pressent depuis jeudi matin, espérant obtenir des nouvelles de leurs proches. Angélique Forget, envoyée spéciale de France Télévisions sur place, décrit une atmosphère lourde, entre attente et désespoir. « Certaines zones ne sont accessibles que par hélicoptère, car les inondations ont détruit des ponts et des routes », a confirmé David Fisher.
Une mobilisation massive et des appels à la prudence
Plus d’un millier de secouristes, appuyés par des chiens et des drones, sont mobilisés des deux côtés de la frontière. Le Premier ministre népalais, Balendra Shah, s’est rendu à Bidur, dans le district de Nuwakot, et a ordonné « une aide immédiate aux familles déplacées » ainsi que la réouverture rapide des routes et infrastructures bloquées. Côté chinois, le Premier ministre Li Qiang est arrivé dans la zone sinistrée du Tibet pour superviser les opérations de secours et rencontrer les habitants relogés.
Le Bureau du tourisme népalais a émis de nouvelles consignes de sécurité. Les randonneurs sont invités à éviter la route menant à Dhunche et à utiliser un itinéraire alternatif passant par Talu pour regagner Katmandou. Les voyageurs doivent également se tenir à l’écart des rives des cours d’eau et des sites potentiellement fragilisés par les inondations.
Le dalaï-lama exprime sa compassion
Le chef spirituel tibétain en exil a réagi à la tragédie. « J’offre ma sympathie et mes sincères condoléances à toutes les personnes en deuil et affectées par la tragédie », a déclaré le dalaï-lama, qui dit espérer que des mesures seront prises pour « éviter que de tels désastres se reproduisent ». Un message qui résonne alors que les scientifiques alertent depuis des années sur l’impact du changement climatique sur la stabilité des glaciers himalayens.
Cette catastrophe soulève en effet des questions cruciales sur la vulnérabilité croissante des régions montagneuses face aux phénomènes climatiques extrêmes. L’effondrement d’un glacier, amplifié par le réchauffement, a provoqué une réaction en chaîne dévastatrice : séisme, coulée de débris, inondations éclair. Les experts appellent à renforcer les systèmes d’alerte précoce et les infrastructures de protection dans cette zone densément peuplée et touristique.
En attendant, les opérations de recherche se poursuivent dans des conditions difficiles. Le bilan pourrait encore s’alourdir dans les prochaines heures, alors que des centaines de personnes restent portées disparues. La priorité immédiate est de retrouver des survivants, de fournir un abri aux déplacés et de rétablir les voies de communication coupées.
Cette tragédie transfrontalière rappelle la puissance imprévisible de la nature et l’urgence d’une coopération régionale renforcée face aux risques climatiques. Alors que le Népal et la Chine pansent leurs plaies, la communauté internationale suit de près l’évolution de la situation, prête à apporter son soutien à une région déjà fragilisée par la pauvreté et l’isolement géographique.


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