Nouveau rebondissement dans le scandale des violences périscolaires à Paris. Dix-sept familles ont annoncé, ce vendredi 4 septembre, le dépôt d’une plainte visant la Ville de Paris, son maire socialiste Emmanuel Grégoire et son ancienne édile Anne Hidalgo, qu’elles accusent de ne pas avoir agi face à des dysfonctionnements graves touchant des enfants scolarisés dans les écoles primaires de la capitale.
Une plainte contre « l’omerta systémique » de la municipalité
Regroupées autour de l’association MeTooEcole, ces familles, dont les enfants fréquentent des établissements des IXe, XIe et XVe arrondissements, entendent obtenir de la justice qu’elle examine ce que les responsables municipaux savaient des dérives constatées dans le périscolaire parisien. Selon les informations rapportées par Le Figaro et franceinfo, la plainte, annoncée par un collectif d’avocats composé de Mes Maxime Delacarte, Élise Le Gall, Julia Basile et Kathleen Taieb, a été déposée auprès du parquet de Paris.
Outre Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire, la procédure vise également Patrick Bloche, ancien premier adjoint chargé des affaires scolaires à l’Hôtel de Ville jusqu’en 2026. Si d’autres actions judiciaires sont déjà engagées contre des animateurs soupçonnés d’avoir agressé des enfants, cette plainte cible spécifiquement la municipalité en sa qualité « d’organisateur et exploitant du temps périscolaire » dans les écoles primaires.
Des faits qualifiés de mise en danger délibérée
Sur le plan pénal, les plaignants invoquent la mise en danger délibérée d’autrui, la non-assistance à personne en danger et la non-dénonciation d’infractions commises sur des enfants, parfois âgés de seulement 2 à 4 ans. Les familles soutiennent que la Ville de Paris et les responsables de sa direction des affaires scolaires (Dasco) avaient été informées des problèmes par des signalements récurrents, dont certains seraient restés internes, ainsi que par des « alertes documentées de longue date ».
Selon la plainte, aucune mesure efficace n’aurait été prise : ni suspensions des agents impliqués, ni information systématique des familles, ni saisine de la justice. Les plaignants accusent les responsables d’avoir eu connaissance « du caractère systémique du péril », notamment à partir du printemps 2025, lorsque les premières affaires ont éclaté publiquement.
Des chiffres qui « traduisent une connaissance au plus haut niveau »
Pour étayer leur argumentation, les familles soulignent l’ampleur des suspensions prononcées par la Ville : 20 animateurs suspendus en 2025 pour des faits à caractère sexuel, puis 52 depuis le début de l’année 2026. Ces données « traduisent une connaissance, au plus haut niveau de l’exécutif municipal, de l’ampleur et de la récurrence du phénomène », affirment les plaignants.
« Ces faits révèlent l’omerta systémique qui s’est installée au sein de la Ville de Paris », a dénoncé Barka Zerouali, porte-parole de MeTooEcole, ajoutant que les responsables ne pouvaient pas « ignorer la réalité et la gravité du risque » et auraient dû adopter « sans délai des mesures de protection ».
Des procédures multiples et des auditions à venir
Cette nouvelle plainte s’ajoute à un contexte judiciaire déjà chargé. Anne Hidalgo et Patrick Bloche sont en effet directement visés par trois plaintes déposées fin août par des familles de l’école Saint-Dominique, dans le VIIe arrondissement. L’avocat de l’ancienne maire, Patrick Klugman, avait alors fermement réagi : « Il n’y a jamais eu de la part d’Anne Hidalgo ni défaillance, ni faiblesse, ni inaction. Qui peut imaginer la maire de Paris vouloir protéger des prédateurs sexuels ? »
Par ailleurs, une vingtaine d’élus de droite et du centre, dont Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement, ainsi que le groupe coprésidé par Sophia Chikirou (LFI), ont également effectué un signalement au parquet. Anne Hidalgo, Patrick Bloche et Emmanuel Grégoire doivent en outre être auditionnés à la mi-septembre par la commission d’enquête du Sénat sur les violences dans le périscolaire à l’échelle nationale.
Mardi prochain, l’actuel maire de Paris, qui a engagé un plan d’action de 20 millions d’euros contre les violences sexuelles dans le périscolaire, doit aussi être entendu par une mission d’information et d’évaluation (MIE) transpartisane composée de 15 conseillers de Paris, selon Inès de Raguenel (LR), sa présidente.
Un bilan alarmant dans les écoles de la capitale
Le contexte général demeure préoccupant. Depuis le début de l’année 2026, 132 animateurs ont été suspendus par la Ville de Paris, dont 52 pour des suspicions de violences sexuelles ou sexistes. Plus de 200 enquêtes pénales sont actuellement en cours dans les écoles primaires et les crèches de la capitale, que ce soit en milieu scolaire ou périscolaire.
Cette plainte collective marque une étape supplémentaire dans la mobilisation des familles victimes, qui entendent faire reconnaître la responsabilité des plus hauts responsables municipaux dans la gestion de ce scandale sanitaire et sociétal touchant les plus jeunes enfants de la capitale.
L’affaire, qui secoue l’exécutif parisien depuis plusieurs mois, devrait connaître de nouveaux développements judiciaires dans les semaines à venir, tandis que les auditions parlementaires s’annoncent comme un moment clé pour faire la lumière sur l’ampleur réelle du phénomène et les éventuelles défaillances de la chaîne hiérarchique municipale.
Si vous avez été témoin ou victime de violences sexuelles, vous pouvez contacter le 119 (Allô Enfance en danger), numéro gratuit et confidentiel, disponible 24h/24 et 7j/7.


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